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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 10:49

Je longe les murs gris du jardin de l’enfance.

Parmi les lis fanés, je cherche où je suis né.

Sur la route escarpée une ombre se balance,

Apparaît, disparaît le crâne trépané…

 

Quel est donc cet enfant qu’il me semble connaître ?

Fugace vision, tache rouge carmin,

Le souvenir me fuit avant même de naître ;

Une goutte de sang empourpre le chemin…

 

Il me semble avancé dans l’antre d’un nuage.

Lorsqu’un éclair parfois entrouvre mon regard,

Ronces et barbelés colmatent le passage,

Pour en trouver le seuil, je tâtonne au hasard…

 

J’ai beau creuser, fouiller, démembrer ma conscience,

M’immerger dans le noir, explorer le néant,

Rien ne vient éclairer lacune et déficience ;    

Sentiment de chuter dans un grand trou béant…

 

Ce que je crois savoir n’est que perte et souffrance,

Le décès d’une sœur, le besoin d’être aimé,

Une femme qui pleure, un père dans l’errance ; 

Il n’est pas un ancrage où je peux m’arrimer…

 

Le vide me pourfend, seule la solitude

Revient exacerber ce mal-être latent

Qui souvent m’interpelle, avec sollicitude,

Me laissant ignorant, indécis, pénitent…

 

Quels sont donc les non-dits celés par le silence ?

Sous la chape d’oublis, l’omerta, l’interdit

Quelles sont les raisons de cette ambivalence ?

Qui possède la clef de ce passé maudit ? ... 

 

Quel secret obscurcit la rivière assoupie ?  

Je ne sais pas vraiment qui je suis, d’où je viens.

Ma mémoire est un puits où l’eau stagne, croupie.

Sans racines, je vais, j’existe, je deviens…

 

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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 14:30

Quelques miettes de pain, une bouteille entamée,

Et couverts oxydés, une nappe fanée ;

La table, les rideaux, tout est vieux, suranné…

J’entrevois les contours d’un monde condamné.

La vision m’emporte au pays des misères

D’où surgissent parfois des lueurs étrangères.

Sans âge ni visage, un enfant chagriné

Apparaît, disparaît, rode comme un damné   

Dans l’étrange couloir de ma mémoire absente.

Que peut-il bien chercher dans l’ombre sous-jacente,

En ce lieu déserté que je ne connais pas ?

Résonnance du temps, à chacun de ses pas,

Une ampoule jaunie éparpille, blafarde,

Une faible clarté besogneuse et hagarde.

J’entends des sanglots étouffés, retenus,

Ruisseler, s’imprégner sur les murs gris et nus.

C’est la nuit qui revient ténébreuse et profonde

M’enserrer dans ses bras. C’est la nuit, comme une onde,

Qui m’emporte et me laisse orphelin dans le noir.

C’est la nuit où l’enfant penché sur un miroir

Sans tain se sent perdu. Cœur bleui d’hématomes,

C’est l’heure où il s’endort, cerné par des fantômes…

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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 15:52

Quand l’homme traque l’homme attiré par l’odeur

Du sang. Lorsque la bête attise l’incendie.

Qu’elle, dans les esprits, propage la rancœur.

Quand la loi du plus fort enfante l’asthénie.

Lorsque le fanatisme emmure la raison

Dans des carcans de fer. Quand vient l’intolérance.

Quand le vivre lui-même est devenu prison.

Quand on parle de Dieu pour prêcher l’ignorance.

Quand on jette la pierre aux êtres différents.

Quand la terreur s’allie avec la frénésie.

Quand les os craquent sous la poigne des tyrans.

Quand parler est un crime et lire une hérésie.

Quand le monde divague en des gouffres profonds.

Qu’il se perd, se fourvoie au gré de ses errances.

Quand, malade, il titube aux pourtours des bas-fonds ;

Il lui faut s’arrimer aux passeurs d’espérances …

 

Poète lève-toi ! Sème la liberté

Dans les sillons amers qui ravinent la terre,

Ensemence le grain de la fraternité

Sur la rose des vents avant qu’on ne l’enterre.

En composant un hymne au nom des opprimés.

Un lopin de ciel bleu brodé sur la poitrine,

Brise les interdits, avance poings levés ;

Émorfile ton verbe et affûte ta rime …

 

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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 15:49

À toi, le chercheur d’or enchâssé dans la mine,

Et toi le vieux guerrier absorbé par l’abime,

À vous frères perdus décimés par le fer

Dont les ambitions mènent droit en enfer.

À vous qui régentez par la force et les armes,

Qui laissez sur vos pas des cascades de larmes,

À vous qui gouvernez, sans compas ni timons,

En subissant la loi de vos propres démons.

À vous qui commandez oublieux des plus humbles,

À vous les orgueilleux dévoyés dans les limbes,

Monarques et tyrans ne laissant sur leurs pas

Qu’infamies, chagrins, misères et trépas,

   À vous qui présidez le cœur plein d’arrogance,  

À vous les assassins imbus de leur puissance,

Moi, poète je dis : lorsque je vois vos mains

Ruisselantes de sang, vous n’avez rien d’humains !

Mais lors du dernier soir, quand la dame de pique

Tambourine à la porte apporteuse d’éthique,

Empereurs ou manants, elle arase les noms ;

Ne restera de vous  que cendres et moignons ! 

 

La gloire et le pouvoir sont choses décisoires ;

La richesse est un leurre et vos biens illusoires …

 

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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 22:35

J’ai vu les chiens hurler à la mort sous la lune.

Déjà l’ombre descend. L’instant est advenu,

Pierrot ne chante plus, sa voix, comme sa plume, 

S’est brisée au matin. Malaisé d’être nu

Quand le froid vous saisit, quand la peur accompagne

Jusqu’à vos derniers pas. J’aurai voulu siffler

Une chanson joyeuse et courir la campagne

Mais j’entends, dans mon dos, la horde persifler

Et le vent tournoyer. Mes feuilles, une à une,

S’envolent. Je ne sens plus la sève irriguer

Mes racines. Il pleut, là-bas, sur la lagune.

Mes rêves sont de sable, il me faut élaguer

Ma mémoire à la source et larguer les amarres.

Il est temps de partir sur le vaste océan.

Je ferai le voyage en contemplant les phares

Qui éclairent la nuit aux abords du néant.

Niché entre les seins de mon étoile mère,

Confuse résonance estampée au pochoir,   

 Lorsque je serai loin de vous, six pieds sous terre,

Ne pleurez pas sur moi, je n’ai plus de mouchoir ! … 

 

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 22:44

Les gardiens de la foi ont décidé pour elle :

« Soumise tu vivras sinon on te flagelle.

Partout où tu seras, fidèle à tous nos vœux,

Tu cacheras ton corps et même tes cheveux.  

 

Parmi les interdits, ni le ciel, ni la lune,

Nul ne verra jamais ta chevelure brune.

En tous lieux, chaque jour, implorant le pardon,

Tu baisseras les yeux, de toi tu feras don.

 

Femme choisie, élue, en parfaite compagne,

Ton droit sera d’aimer celui qui t’accompagne.

De t’avoir engrossée en toute liberté,

Tu loueras ton époux pour sa grande bonté.

 

Face aux hommes, toujours, modeste silhouette,  

Couverte jusqu’aux pieds, tu resteras muette.

Servitude et respect marqueront ton destin,

 Humble, tu béniras ton sort dès le matin. »

 

Elle marche tête basse et dès qu’on la regarde

Elle tremble d’effroi. La peur la met en garde.

Ici, quand on naît femme, il faut vivre caché,

Respirer est un luxe et parler un péché…

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 12:59

Quand cesse le fracas des combats et des armes

Tant de rêves brisés, de viles trahisons,

D'utopies dévoyées, d’inutiles vacarmes,

Tant et tant de douleurs, de nouvelles prisons,

Tant de cris étouffés, de rages contenues,

De drapeaux bafoués, d’idéaux méprisés,

Tant d'hommes oppressés, de femmes détenues,

Vainqueurs trahis, vaincus, de peuples abusés…

Un despote trépasse, un autre le remplace.

Faut-il rire ou pleurer de ce cycle infernal

Qui, sans cesse, revient nous cheviller sur place ?

À force de subir cela devient banal,

Plus la force de croire à cette comédie !

Mais, pouvons-nous survivre asservis sans lutter ?

Et comment conjurer l’humaine tragédie,

Cet oppressant besoin d’amour et liberté ?...

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 02:44

Arrogants et puissants sur la cime du monde,

Entichés d’une femme au sourire narquois,

Géants aux pieds d’argile aux côtés de l’immonde,

Toujours prêts à tirer, une flèche au carquois,

Tels des paons cheminant aux basque de Chimère,

Malfaisants, suffisants, assommés par l'orgueil,

Ils sont là, conquérants, célébrant l'éphémère, 

Cette vieille putain, de la vie au cercueil,

Qui se perd, qui se vend et se croit au pinacle

Mais ne fait qu’arpenter de cyniques trottoirs.

Bouffie, elle se plaît de l’affligeant  spectacle

Qu’elle offre d’elle-même à chaque heure du jour.

Les hommes corrompus par ses biens dérisoires

La cherchent assoiffés, lui vouant un amour

Sans borne. Prêt à tout pour ses dons illusoires, 

De plâtre et de carton, ils dressent des autels.

Mais la gloire, infidèle à leurs vœux, infantile

Comme fille des dieux, se moque des mortels

Et ne fait que passer, fugace et versatile.

Depuis la nuit des temps, ô ! Combien en son nom,

De la haine aiguisant les souffles délétères,

Ont conquis par le sang des miettes de renom,

Ont tué, sans remords, leurs voisins ou leurs frères ? ...

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 00:05

Au moindre courant d’air, comme faible allumette,

Je m’épuise à survivre au fond d’une oubliette.

Bras armés de la mort, le corps bardés de fer,

Sans cesse des soldats me promettent l’enfer…

Leurs suzerains, aux chiens me jetent en pâture.

L’un me bâillonne, un autre, hideux, me torture. 

Chaque jour bafouée on se moque de moi.

Recluse dans mon trou, pour conserver la foi,

Je chuchote à voix basse une sainte prière

Et cherche dans l’abîme une once de lumière…

Il arrive pourtant qu’un rayon de soleil

Enlumine les murs me tirant du sommeil,

C’est alors que je rêve, en fille d’harmonie,

De calmes horizons, d’amour et poésie...

Mais le monde est malade. Atteint de cécité,

Il se goinfre de sang jusqu’à l’obésité.

Animal psychopathe, il attise la flamme

Et enfante le mal sans aucun état d’âme…

Orpheline, j’ai beau prêcher sous l’olivier,

Avec humilité larmoyer, supplier 

Partout je vois, j’entends, dans la nuit souveraine,

Les hommes recharger les fusils de la haine…

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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 13:58

 J’ai souvent rencontré des menteurs et des sages.

L’un parlait comme un livre. Érudit et hautain,

Il pensait l’univers, inventait des images,

Il croyait à la science et dans le genre humain…  

 

L’autre prêchait l’amour comme le font les poètes.

Pour lui, tout est écrit par la divinité,

Tout perdure, soumis aux bons vœux des prophètes,

Il méditait ainsi sur l’immortalité…

 

À l’école, l’esprit gouverne toutes choses.

À l’église tout est de l’ordre du divin,

En toutes vérités, je ne vois que psychoses,

Mensonges et frayeurs, je ne suis pas devin…

 

Déments, ils sont, je suis. Réunis, nous ne sommes

Que de simples passants corrompus par l’orgueil.

J’ai cessé de prier. Mes dieux sont nés des hommes.

Rien ne subsiste ailleurs, mon corps est un cercueil…

 

Je suis le nègre blanc que le monde redoute,

Partout les gens ont peurs de ce qu’ils sont, miroirs

De ce que je suis moi lorsque je dis : le doute

Qui m’assaille et m’emporte aux pourtours des trous noirs…

 

Lassé de me cacher sous des masques livides,

De moi-même restant encore émerveillé,

Je crache sur la mort car mes poches sont vides;

Je partirai demain le cœur dépenaillé… 

 

Synthèse minérale à la forme atypique,

Je suis né du chaos sur l’étal d’un bazar.  

Mon sang a la couleur de la corne d’Afrique

Et le blanc de ma peau n’est que fruit du hasard…

 

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