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Écriture mécanique,

Police d’ordinateur, impersonnelle,

Sans âme ni visage,

Juste

Quelques mots inscris sur un écran :

« Je prends mon courage à deux mains ;

C’est fini ! »

 

Pour Elle,

Je ne méritais pas mieux,

Pas même un souffle de voix…

 

L’amour est un archet

Qui lacère et mord

Jusqu’au sang

Les cordes des violons.

Et le temps un bourreau

Dont le sabre entaille

Chaque heure un peu plus

Le cœur qu’une muse

A percé d’une flèche.

Sous sa mantille le veuf, l’orphelin

Et l’exilé des belles histoires

Hurlent bouches closes.

Moi, qui vous ai, Madame, tant et tant aimé,

Tant adoré, comme un damné

Reclus sur lui-même,

Je compte les jours perdus.

Le froid de vos regards,

Les soupirs sur vos lèvres

Et l’écho de vos rires

Me disent, ô désespoir,

Que toi, tu ne t’en souviens plus…

Frêles bâtonnets

De myrte et d’encens,

Les serments et les prières,

Les promesses d’aubes claires,

Les matins de tendresse,

Les nuits de pleine lune,

Le chant de l’hirondelle,

Le printemps des espérances,

Ainsi va la vie,

Tout part, s’envole

En fumée…

Face à lui, sur l’écran, consigné sans rature,

Sans appel, un verdict, quelques mots de rupture,

Quelques mots sibyllins lâchés du bout des doigts

Pas l’audace de dire, il en reste aux abois…

 

Sans l’ombre d’un regard, ni même préambules,

L’impensable s’affiche en lettres minuscules.

Impossible d’y croire et pourtant elle écrit :

« C’est fini ! » Triste fin, il en reste contrit…

 

La télévision ronronne monotone,

Il regarde indécis son téléphone aphone,

Il ne sait si elle a désir de lui parler

La peur de lui déplaire, il n’ose l’appeler…

 

Le jour passe, la nuit tombe, sans bruit, paisible.

Dans sa tête lambine une femme inaccessible.

Il pense encore à elle, hier, ils étaient deux ;

Une ombre s’est glissée, insidieuse, entre eux…

 

Lorsqu’aux fenêtres

Scintillent des lampes

Que l’on ne peut atteindre.

Lorsque des rires vous frôlent

Sans même s’arrêter.

Lorsque des voix lointaines

Ignorent votre présence.

Lorsque les volets bleus se ferment

Les yeux lourds de sommeil.

Lorsque dans l’âtre la braise

Lentement se consume.

Lorsqu’il vous semble

Que le monde n’est qu’un silence

Où seule bruisse l’indifférence.

Lorsque le rêve divague

Sur l’eau des solitudes

Et que le cœur déroule

La laine des nostalgies ;

Laisse-toi porter par le chant des sirènes

Qui moutonne l’immensité :

Au cœur de la nuit,

Sur un croissant de lune,

Toute en demi-teinte,

Une ombre ballerine,

Griffonnée au fusain,

Ondule

Et me réchauffe la poitrine,

Entre deux nuées blanches…

Je cherche le nombre d’or.

Les mots affleurent entre les lignes

Mais dans les limbes

Ma rime se brise sur le roc dur

D’une virgule écrasée d’un point.

 

Consonnes décapitées,

Voyelles muettes,

Les lettres s’entrechoquent.

L’une s’exclame,

L’autre la contredit.

 

L’encre se fige,

La page reste blanche.

Interrogation ?

 

Funambule,

Sur un point en suspension,

À la croisée des chemins,

Ma poésie oscille,

Indécise…

 

Écoutez Monsieur,

Je vis entre quatre murs.

Dans cet univers étroit,

Mes pensées, en vase clos, tournent,

Tournent sur elles-mêmes.

Mes songes sont de sable,

Ils glissent entre mes doigts gourds ;

La mer les emporte…

La tête dans le brouillard,

Je ne sais où aller !...

 

Vous me dites, Monsieur,

Que la lumière est en nous

Mais sans un souffle pour l’aviver,

Qu’en reste-t-il lorsque l’âtre s’éteint ?

 

Et puis, Monsieur,

Pour marcher vers la lumière,

Il faut une route à suivre

Et je n’en connais pas ;

Celle dont je rêve

Est en sens interdit ;

Elle se dérobe sous mes pas…

 

D’ailleurs, l’on dit tant de choses,

Tant de fadaises aussi…

Tout comme moi,

Vous le savez bien Monsieur :

Seuls, les mots qui demeurent,

Sont souvent ceux

Que l’on regrette…

 

 

On peut bien s’être aimé, avoir tout partagé,

Un matin on se lève et l’on est l’étranger.

On vous tourne le dos car soudain l’on dérange,

On vous chasse du pied, çà fait mal, c’est étrange !

On a beau l’adorer, s’être en tout donné,

Les yeux secs, l’œil noir, le visage fermé,

Point de compassion et pas plus d’existence,

On vous jette et délaisse avec indifférence.

On oublie, on s’enfuit, on retire ses mains,

On referme sa porte, on devient inhumains.

L’on vous voit comme un gueux, tout la désintéresse,

Le cœur bardé de fer, pas la moindre tendresse !

Inutile de rêver, finis les sentiments ;

On ne pense qu’à soi, c’est la loi des amants !

 

Tu peux faire bonne figure,

Choyer ton image,

Te croire belle,

Te farder de maquillage,

Te griser de toi-même

Et puis comme à ton habitude

Boire chaque soir…

Odieuse, inhumaine,

Tu peux rire, être heureuse, te moquer,

Et même si tu le veux, danser,

Tu es ce que tu donnes

Ou ne sait pas donner…

Sans une once de respect,

Tu as tant piétiné mon cœur,

Le chemin qui t’éloigne

Est pavé de mes larmes…

 

Le printemps pose un drap mouillé sur le visage

Des choses et mon cœur observe, chagriné,

La rouille corroder les yeux du paysage,

Sentiment de vieillir solitaire, abandonné

Comme un chien boiteux, sur le bord d’une route.

Des rafales de vent secouent la frondaison,

Arrive la saison que mon âme redoute,

La vieillesse se couche au pied de ma maison.

Je ressemble à cet arbre au vieux tronc plein d’arthrose

Qui lève vers l’éther de douloureux moignons

Qui ne font que griffer le ciel bas et morose ;

Du pain blanc de jadis je mange les guignons

Moisis. Au beffroi sonne une cloche lugubre,

La fraîcheur et l’humide, en torchons de brouillard,

Enclosent les jardins. Une odeur insalubre

De champignons chancis escorte un corbillard

Qui, grimaçant, avance, à pas lents, dans la brume…

Dans l’opacité grise, un spectre suspendu

Rêve à ce chemin qui conduit à la lune,

Sous un arbre noueux se balance un pendu,

Les voix de l’au-delà psalmodient la prière

Des défunts, des corbeaux lui lacèrent le cœur

Et lui percent les yeux capturant la lumière,

Sur un trône, une femme au sourire moqueur

Le regarde gémir et partir en poussière…

Les hommes peuvent bien s’inventer un destin,

Qu’ils soient grands ou petits, tous vont au cimetière :

Sans même le savoir, je suis mort au matin…

 

Écoute les épées du blizzard

Dépouiller les âmes sensibles,

Ne laissant derrière elles

Que spectres décharnés,

Elles, dans les regards, estampent la douleur.

 

Entends leurs chants insensibles

Fendre les pierres tendres,

Vois ces corps hagards

Déambuler sans route à suivre.

 

Touche ces visages

Dont le sourire se fige,

Ces lèvres crevassées

Que nul baiser n’effleure.

 

Regarde le teint pâle des roses,

L’herbe brûlée de givre,

Pris de solitude

Le nu paysage s’éteindre.

 

Écoute ces cœurs de marbre,

Penchés, sur leur miroir,

S’épancher et puis s’épandre.

 

Entends ces déserts de glace

Pierre à pierre, brûler les sentiments.

 

Vois les, chaque soir, se griser de liqueur d’oubli

Et touche leurs yeux clos, jaspés d’indifférence.

Insensibles à l’amour,

Sur l’air des émotions feintes,

Regarde-les danser ;

Ils ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes…

 

Humilié, blessé, poignardé,

Au plus profond,

Sur un fil ténu

Mon ombre se balance.

Consumé, bafoué par l’insupportable,

Fatigué des attentes vaines

Et des faux-semblants,

Il me faut, irrémédiablement,

Briser les amarres.

Définitivement, pierre après pierre,

Sans regret, aucun !

Rompre tous les ponts jusqu’au plus infime,

Brûlé ta présence et ton souvenir,

Faire terre rase de ce qui fut,

Transformer ma douleur en désamour

Et ce désamour en oubli.

Accomplir le deuil,

À tout jamais t’oublier !

Liberté, m’as-tu dit ?

La mienne, en toute circonstance,

Est de ne plus te voir,

Ne plus subir ton égoïste indifférence,

Et pour cela peut-être partir…

 

Collier serti de rubis liquides,

Goutte à goutte le chagrin

Emperlent mon poignet.

Cotonneuses des nuées grises

Passent sous mes paupières ;

Le sang coule épais.

Silhouette de marbre

Coulée dans le granit,

Pierre froide, étrangère,

Une femme est là !

Hautaine, lointaine,

D’un revers de la main,

Elle me pousse vers l’abime,

Ses yeux ne m’effleurent pas ;

Seul son index m’accuse !

Ange noir perché sur son épaule,

Une ombre perfide,

Gardienne du coffre des pestilences,

Veille sur elle,

Vigilante, surveille.

Insidieuse,

Lui insuffle à l’oreille des pensées malsaines.

Le poison du déni

S’insinue dans ses veines.

Sous le voile de l’indifférence,

Son cœur est un désert de glace

Où seules poussent encore des ronces

Et des fleurs vénéneuses ;

Elle n’a plus rien d’humaine…

 

Couleur abîme,

Froids et durs, tranchants

Comme le fil d’acier d’une hache,

Les yeux de l’être aimé,

Sont d’un noir si profond

Que mon regard se brise dessus,

D’un noir si glacé

Que le monde autour s’y fige, pétrifié…

 

Puits abyssaux,

Dépouillés d’âme,

Dans ses yeux,

Aucun sentiment,

Nulle miette de compassion,

Rien d’humain ne demeure

Autre qu’une odieuse indifférence…

 

L’horizon s’est brisé

En mille éclats de verre tranchant.

Soudaine la nuit,

Comme le marteau sur l’enclume

chute sur mon cœur.

Tout ce qui me fut donné,

D’un trait de plume m’a été retiré,

Le vide m’époumonne,

Le manque d’elle

Me tenaille,

Le désespoir étend ses grandes ailes ;

Me voici l’étranger,

Le paria que l’on chasse du pied…

sans mot, ni un regard…

Je suis l’indésirable

Honni,

Décrié,

Jeté,

Rejeté, déjecté,

Laissé,

Abandonné…

 

Je suis là dans ma tanière

Pétri par le désespoir,

L’attente,

L’incompréhention,

Le manque…

 

Je suis là comme un rat,

Le sommeil me fuit,

L’appétit m’a quitté,

Je vis en catharcie

Replié sur mon chagrin…

 

Je suis là, coquille vide

Sans autre envie qu’Elle

Et mon cœur hurle,

Et je pleure,

Et je fume…

 

Je suis là, seul

Et pourtant elle me hante et m’habite.

Sa voix résonne dans ma tête,

Sa silhouette rode entre les murs

Et son indifférence me fait mal et m’assaille…

 

Je suis là dans la marge,

L’intervalle, l’entre deux mondes,

Les jours, les nuits se succèdent,

L’heure passe douloureuse,

Mon téléphone est aphone…

 

Une envie de partir me tenaille,

Disparaître,

Faire le vide,

Mourir,

Ne plus penser…

 

Pas prête !

Liberté !

Rencontres !

Incapable d’aimer !

Je suis égoîste !

Pas faite pour toi !

Trouve une autre femme !

Quelqu’un chez moi !

Que fais-tu dans ma cuisine ?

Les mots cinglent à mes oreilles,

Me perforent le crâne,

Me transperçent le cœur,

M’éjectent hors de sa vie

Comme si je n’avais jamais existé,

Comme si tout était faux,

Comme si nous n’avions rien vécu,

Rien partagé, de beau, ensemble,

Comme si…

Je n’ai rien vu ni pressenti,

Je la croyais sincère, authentique,

Je croyais à notre amour,

Je croyais être important pour Elle.

De tendresse, d’attentions,

Je croyais enjôliver sa vie,

Alléger le poids de son passé,

Je croyais…

Animal stupide,

Je me suis cruellement trompé !...

 

Elle m’a leurré, utilisé…,

Je me suis fourvoyé,

Et pourtant, j’étais heureux !...

 

Sa famille était ma famille,

Elle m’y a tant impliqué,

Ses problèmes étaient mes problèmes,

Elle m’en a tant parlé

Et laissé même en régler certains.

Ses angoisses étaient mes angoisses,

Je faisais tout pour la rassurer.

De mille petites attentions au quotidien,

Même les soirs de mauvais vin,

Je veillais sur Elle.

Je me serais dépouillé,

J’aurais tout donné, partagé, quitté,

J’aurais tout abandonné

Pour Elle,

J’aurais tout pardonné,

Jusqu’à vendre mon âme.

Je me serais transcendé,

J’aurais, fidèle, suivi tous ses chemins

En lui tenant la main,

Je serais revenu des enfers

Et, pour Elle, décroché la lune…

Je la voulais fleur épanouie,

Mon égale, femme heureuse,

Existante, radieuse ;

Son bonheur m’était essentiel…

 

Elle a guéri ses maux,

Dans mes bras, chasser ses vieux démons,

Je n’étais plus utile,

Dans un autre lit, elle s’est envolée,

Me laissant sur le carreau…

Je n’ai pas compris… ?

Sincère et authentique,

Je la croyais autre,

Je me suis fourvoyé !...

 

Mais ne croyait pas pour autant que je me sois oublié,

Avec et près d’Elle, chaque aube nouvelle était, malgré tout,

Un vrai petit bonheur sans cesse renouvelé

Où je puisais mon bien-être…

 

Une enclume m’oppresse,

Je m’essouffle et vacille.

L’incompréhension me foudroie,

Des doigts crochus m’étripent les entrailles.

Je ne sais où aller où à quoi m’accrocher.

L’univers n’est que cendres amères.

Mes ongles ne font qu’érafler

L’acier froid de l’indifférence.

Le cœur en guenilles,

La bouche pleine de terre,

Je glisse dans les limbes.

Va-et-vient incessant,

Comme un vol de frelons,

Des mots bourdonnent dans ma tête.

Aiguille ou rasoir,

Chacun d’eux me transperce l’âme.

Vive, inacceptable, la douleur

M’a prise pour cible.

Pas de trêve, dans l’intervalle,

Le silence hurle de désespoir…

 

Radicale, une hache m’a fendu le cœur,

Le monde des vivants se dissout,

Je tourne en rond enfermé dans ma tête,

Un poing d’acier s’est collé sur mon ventre.

Plus la force de faire,

Tout m’indiffère, m’ennuie, me pèse…

La folie me guette,

Seule une présence me hante,

Sans cesse, me tourmente,

M’aiguillonne, m’étripe et les sens et l’esprit.

Le doute et l’espérance s’entremêlent

Et se cognent contre les murs.

Le manque et l’envie m’assaillent en meute.

Le silence hurle à la mort.

Le sommeil me fuit.

Le cauchemar me poursuit,

Me harcèle de tous côtés ;

J’erre dans les limbes du désespoir…

 

Plus la force,

L’espérance m’époumone

Et l’amour me consume.

La douleur m’assaille,

Le manque me tenaille,

J’ai le cœur qui défaille

Et l’esprit qui déraille.

Plus la force de dormir,

Harassé de chagrin,

Sur le canapé, je m’écroule, habillé.

À chaque heure, son absence m’éveille,

Sa présence m’obscène.

Plus la force de faire,

L’appétit m’a quitté,

Tout me coûte, m’ennuie.

Plus la force de marcher,

Je titube,

Je m’essouffle,

Je m’épuise à genou ;

Plus la force de vivre !...

 

Rejeté, condamné,

Défenestré, castré,

Ensanglanté, brisé

Je suis l’homme dépouillé d’existence,

Cet étranger qu’Elle méprise par l’ignorance.

Comme un arbre en hiver,

J’ai beau cherché, quémandé,

La chaleur d’un regard,

Entre nous, Elle érige des murs

Et, hautaine, me tourne le dos.

Et si, par hasard, ses yeux se posent sur ma personne,

Deux éclairs de glace me foudroient…

 

Dans le jardin ensoleillé

Que le printemps nouveau fleurit,

Autour de la table dressée sous la tonnelle,

L’on ripaille,

Des rires papillonnent,

Des paroles s’envolent,

La joie de vivre ruissèle,

La vie coule belle,

Le vin enlumine les yeux,

Dans les futaies les oiseaux chantent ;

Tout n’est que gaieté

Et le temps passe léger…

 

C’est Pâques,

Au loin, les cloches carillonnent,

L’on s’offre des chocolats,

D’un geste affectueux,

L’on s’embrasse,

Dans la bonne humeur,

On oublie ses soucis,

On parle de tout de rien,

Du, temps qu’il fera demain,

On refait le monde,

Dans un carré de soleil,

Les chats s’étirent, ronronnent…

 

Et moi, je suis là, seul,

Entre quatre murs,

Délaissé, rejeté,

Comme un paria, quantité négligeable,

Exclu de la fête,

Je n’existe pour personne.

Je regarde mon téléphone aphone,

J’attends, j’espère

Un signe, un geste,

Rien qu’un mot qui ne vient pas,

Alors je parle avec mon ombre

Et je ne comprends pas !...

 

L’envie d’Elle, est un poison

Qui coule dans mes veines.

Comme la mer assaille les rochers,

Toutes mes pensées m’échouent auprès d’Elle

Et sans cesse reviennent.

Le cœur laminé,

Pris par le sortilège,

Tout mon être la réclame.

Le manque d’Elle me terrasse,

M’étreint, me tenaille.

De jour comme de nuit, harcelées,

Mes entrailles hurlent de désespoir.

L’amour me consume de l’intérieur

Et tisse de minces fils d’espérance

Qui s’effilochent sous mes doigts.

Rien n’y fait, je ne peux me résigner,

Quoique qu’elle puisse faire,

Je veux la retrouver ;

La folie me guette

Et ma raison divague…

 

Tout passe, se lasse et, comme le sable fin,

Nous glisse entre les doigts. S’estompe le parfum

Que l’on aurait voulu permanent et tenace,

Que l’on aurait voulu garder dans sa besace,

Garder au fond de soi. Tout passe sans raisons,

S’abîme et puis s’efface au rythme des saisons.

Éphémère l’amour, par le chas d’une aiguille

S’échappe de nos cœurs mouvant comme une anguille.

Le printemps porte en lui les germes du cancer

Et l’été n’est que leurre au profit de l’hiver.

Pas de temps, point de place et pas même un espace,

Englué dans la nasse, on est bon pour la casse !

Nul sentiment ne vient éclaircir le néant ;

L’indifférence avance à grands pas de géant…

Versatile, l’humeur ignore et puis efface

Les souvenirs heureux dont un jour on se lasse,

Ces moments précieux, naguère sublimés,

Qui nous ont tout donnés, que l’on disait aimés.

Sans aucun état d’âme, on se métamorphose,

D’un simple trait de plume, on passe à autre chose...

Dos à dos, loin des yeux, marchent des inconnus,

L’un et l’autre, soudain sans fard, se montrent nus :

L’un rit et l’autre pleure à l’aube qui s’efface

L’un pleure et l’autre rit de l’aube qui s’efface…

 

Un diable a sorti de sa poche un mouchoir,

Des leurres de plâtre estampés au pochoir,

Des oiseaux de papier et des fleurs en plastique,

Des paillettes, des strass…, éphémère et ludique,

En jouant du pipeau, tout un monde en carton…

La parole facile, un œillet au feston,

Marginal sans le sou, il conjugue la rime,

Sous ses airs un peu mous, c’est le roi de la frime.

Il combine l’esbroufe et joue au grand seigneur ;

Lorsqu’il sort le grand jeu, c’est de loin le meilleur !…

Ivre de vent, frivole et parmi les abeilles,

Elle, Alice promène au pays des merveilles....

 

Souvenirs et regrets m’assaillent en cohortes

Soupirs au fil de l’eau, glissent mes amours mortes.

Dans ma tête une voix chantonne : c’est fini !

Allongé sur le flanc, je pleure démuni…

 

Je porte le chagrin des choses disparues

Et claudique meurtri, seul, au hasard des rues.

Ne sachant où aller ni même où j’en suis ;

Je cherche une raison de vivre au fond du puits…

 

Oscillant, vacillant, sur les rives du doute,

De mon ventre à mon cœur, la douleur s’arque-boute.

Sur la table de nuit, la lame d’un rasoir

Me convie à partir sans vous dire bonsoir…

 

La Dame des Ombrets, que le diable l’emporte,

M’a jeté de son lit et m’a mis à la porte.

Me traitant comme un gueux, sans moindre sentiment,

Elle est partie ailleurs rejoindre son amant…

 

La vie est un rosier aux parfums endémiques

D’où surgissent, parfois, des fleurs fantastiques

Aux appâts prometteurs dont le cœur s’ébahit

Et s’entiche, grisé. Mais sous leur bel habit

Somptueux, les fleurs, confuses, cabotines,

Nourrissent en leur sein de cruelles épines...

Sous les néons, la nuit,

L’alcool abonde.

Maquillages et paillettes,

Scintillent de mille-feux.

Les verres se remplissent puis se vident ;

Arrivent les chimères.

Au rythme syncopé de la musique,

Les langues s’aiguisent,

Éphémères, les paroles s’envolent,

Papillonnent, tourbillonnent et les âmes s’étourdissent,

Le paraître illusionne ;

Sous les masques,

Tout n’est que leurres et tromperies…

Dans des ailleurs factices,

À la marge du monde réel,

Métamorphose :

Sans même un sou en poche,

Des êtres trépanés, avides de lumière,

Se grisent d’eux-mêmes.

Bien que princes défroqués,

Ici, chacun est roi

Et toute femme est reine…

 

Les papillons de nuit
Veillent, brûlent leurs ailes
Aux lampes des écrans.
À la croisée des mondes,
Sur les pages blanches restant à noircir,
Chacun d’eux dessine son rêve de lui-même.
L’un écoute les chants des sirènes,
L’autre décrypte les signes
Inscrits aux versos des tarots.
Les deux cherchent un visage
Ou encore un chemin
Sur le miroir de l’âme.

 

Les papillons de nuit

Veillent, brûlent leurs ailes

Certains voyagent dans les étoiles,

D’autres aux lueurs des fantasmes
Les ignorent…
Il en est qui attendent l’aube
Comme une délivrance
Et d’autres qui se perdent
Dans des infinis virtuels
Mais tous ont le cœur palpitant
À la pensée de renaître
Dans des ailleurs illusoires…

 

Les papillons de nuit
Veillent, brûlent leurs ailes
Insatisfaits.
Ils ont peurs de ce qu’ils ont
Et voguent sur des mirages.
Ils ont peurs de ce qu’ils sont
Et s’enferment dans des cages.
D’aucun ne sait écouter le bruissement de vie
Et d’amour qui glissent sous leur porte,
Dans la trouble clarté des lampes artificielles,
Ils consument ce qu’ils aiment
Et tous ceux qui les aiment...

 

Les papillons de nuit

veillent, brûlent leurs ailes, 

Tout n’est que rêve
Et l’être se déforme,
Cherche ce qu’il peut bien être
En oubliant ce qu’il est.
Il s’invente une vie
En biseautant les cartes
Et se renie un peu lui-même.
Les papillons de nuit
Ont les yeux plein de poussières.
Aveuglés par le songe,
ils laissent sur leurs pas
De douloureuses empreintes…

 

Le corps moulés dans un ensemble noir

Longiligne silhouette aux formes épanouies,

Suscitant le désir,

Élégante, je la vois,

La contemple amoureux.

Son corsage échancré laissant échapper,

À la naissance des seins,

Un liseré rouge de dentelles

Captive le regard.

Comme toujours coiffée, maquillée,

Apprêtée, avec art et manière,

Sensuelle jusqu’au bout des ongles,

Femme inaccessible,

Le sortilège opère ;

À la fois hautaine, proche et lointaine, je la regarde

Drapée d’indifférence et plus belle que jamais…

 

Nuit de veille et d’ennui, coincé dans l’entre deux-monde,

J’ai beau fermer les yeux et vouloir sommeiller,

Un visage me nargue et me tient éveiller,

Entre quatre murs blancs mon âme vagabonde…

 

Je tourne, tourne en rond, mon esprit se dérobe,

Il vacille et perd pied, se lève un vent mauvais,

Le cauchemar revient, je ne sais où je vais,

La tête dans le sac, la déprime m’enrobe…

 

Je présume ma vie, ennuyeuse et banale,

Je la vois défiler, s’époumoner en vain,

Que d’échecs, d’abandons, de jours sans lendemain,

J’ai si peu d’existence et ma chaise est bancale…

 

Heure sombre et lugubre au clocher minuit sonne,

Je regarde pendue une ampoule au plafond,

Tristement m’envahit ce sentiment profond,

Ultime vérité, je ne manque à personne…

 

Éloigné de tes yeux, j’ai si peu d’importance,

Qu’il me semble, pour toi, avoir peu d’existence.

Si souvent écarté, oublié, repoussé,

Comme mis dans la marge, évincé, délaissé,

Chancelant sous le poids de ton indifférence,

Je demeure contrit dans ton ombre insouciante.

C’est ainsi, je le sais ! Il est vain de pleurer

Ou même quémander ; Je vais me retirer,

Te laisser accomplir ton destin à l’envie,

Sans bruit, à pas feutrés, m’éclipser de ta vie,

Renoncer, disparaître et peut-être partir

Loin, très loin, si loin, seul dans le repentir…

Dévasté, je préfère arpenter le bitume

Que nourrir, dans mon cœur, le fiel de l’amertume…

 

Dans ma tête des mots m’assaillent, le silence

Bruisse de maints échos. Pris dans la turbulence,

À gauche, à droite, en haut, vers le bas, de travers,

J’avance, je recule et je marche à l’envers.

Je ne sais plus d’où vient le vent. L’incertitude

Persiste. Époumoné, pétri de solitude,

Je tourne sur moi-même et titube. Écorché,

 Désaxé, mon cœur frisonne effarouché.

 L’inaltérable fleuve, entre mes deux oreilles,

Déborde inquisiteur. Des homélies, pareilles

À des sentences, à des accusations,

Me désignent du doigt sans conciliations.

Mon âme s’éparpille aux quatre coins du monde,

Je sanglote et je prie au chevet de l’immonde.

Mes mots ont la saveur acide du trépas.

La blessure s’évase au rythme de mes pas.

Des affres de l’ennui, je sais le purgatoire ;

J’en longe les couloirs gris, sans échappatoire. 

 

Je ne peux expulser la profonde indolence

Qui me laisse pantois au bord de la démence.

La plaie et le bourreau, pourrissant au soleil, 

Me triture l’esprit, j’ai perdu le sommeil…

 

Ô songe incertain, essence volatile,

Quand sur mon cœur l’hiver aiguise ses couteux,

L’ombre des souvenirs s’effiloche en lambeaux ;

Tout ce qui fut bâti se révèle inutile…

 

De naguère et jadis, tant de choses mortes

Pourrissent sur le sol, de pétales fanés

Gisent ici ou là, de parfums surannés

S’épuisent certains jours, à frapper à nos portes…

 

L’empreinte de mes doigts, sous un masque de givre,

Épouse les contours d’un visage inconnu.

Dans le bleu de mes yeux, le paysage est nu ;

S’érodent doucement le vouloir et le vivre…

 

Passe, passe la nuit des vieilles lassitudes.

À chaque soir sa peine et l’attente revient.

Ô ! Dieu de miséricorde, il fait un temps de chien ;

Je suis seul dans le lit des grandes solitudes…

 

 

Quand le silence tombe aussi lourd qu’une enclume,

Quand l’esprit déraisonne et se met à parler

Aux ombres sur les murs au point de les frôler

Du regard, un bruit de pas bruisse à titre posthume…

 

Lorsque l’espoir se pend à des vapeurs d’absinthe,

Qu’il cherche dans son verre une main à serrer,

Le spectre d’un sourire afin de vous leurrer,

Vous parcourez sans fin le même labyrinthe…

 

Quand sur la table reste, ébréchée, une assiette

Sans hôte ni convive, un grand voile d’ennui

Vous ôte toute envie et l’appétit vous fuit ;

Guignon de pain rassis, l’existence s’émiette…

 

Quand la ville m’emporte et me prend par la main,

Derrière chaque mur, je colle des images,

En laissant le hasard me guider vers l’humain,

Je ne sais où je vais, je rêve de voyages…

 

Dérive vers l’ailleurs, d’immeubles en maisons,

Je flâne, tête en l’air, en quête d’un peut-être…

Naguère rencontrés sous d’autres horizons,

J’imagine des gens qu’ils me semblent connaître…

 

Des univers perdus que tisse mon regard,

Je dénude les fils qui doucement s’effacent,

Je ne suis plus d’ici ni même d’autre part,

J’arpente les trottoirs où les mondes s’enlacent…

 

Résonnance du temps que je ne connais pas,

Je me sens étranger aux choses ordinaires,

J’en façonne le deuil, un peu comme un compas,

Pour redonner un sens aux heures solitaires…

 

Une fenêtre s’entrouvre et je vois plein d’émoi

S’envoler l’espérance. Étrangement timide,

Revient le sentiment, de cet enfant en moi,

Je sens la solitude et la crainte du vide…

 

Lorsqu’il reste éveillé malgré lui, somnambule,

L’araignée au plafond, sur un fil, déambule.

Allongé dans mon lit, la tête sous les draps,

Je cherche la chaleur de tes seins, de tes bras …

 

À travers les volets, une lueur livide.

Je n’ose tâtonner, près de moi, tout ce vide

Que ton corps a laissé, ce bien-être oublié ;

Sur moi-même lové, je reste replié …

 

Endémique fœtus échoué sur la grève,

Les yeux lourds de sommeil, je fais un mauvais rêve.

Il me semble que rien ne pourra compenser

Tout ce manque de toi. Je ne sais que penser …

 

Je quémande et maudis cette voix dans ma tête

Qui me hante, m’habite et sans cesse s’entête

À me parler de nous. De ce nous, vagabond

Qui s’éloigne, divague et s’enfuit moribond …

 

Je n’en sais le pourquoi, la cause, le peut-être

Je redeviens l’enfant que je n’ai cessé d’être.

Des fantômes hagards m’encerclent dans la nuit

Et me laisse plus seul contempler mon ennui …

 

J’ai suivi le chemin qui devant moi s’évide,

Aux pourtours de mes yeux soupire un filament,

J’apprivoise le pas du trouble sentiment

Mais l’étoile s’enfuit fléchissant vers le vide…

 

Vois, sur ma peau plissée, une larme s’évide,

Son empreinte séchée étreint le filament

De l’intime blessure, ultime sentiment

Sanglotant sur lui-même aux frontières du vide…

 

Océan oublié l’âme du temps s’évide,

Mince frisson passé la vie en filament,

D’une aile s’époumone absente au sentiment ;

Chimérique le deuil s’installe au puits du vide…

 

Comme un fruit nécrosé puisque l’amour s’évide

De toute raison d’être, infime filament

Tenu par une épingle au dos du sentiment

Malingre l’espoir suinte enténébrant le vide…

 

Entre mes doigts crispés la bobine s’évide,

J’effile, fil à fil, le lien, le filament

Dont j’ai perdu l’écrin utile au sentiment,

Mon cœur est un désert où résonne le vide…

 

Lorsque la solitude allonge ses vertèbres,

Qu’elle vous crucifie à grands coups de marteau

Et dans le cœur vous plante, aiguisé, son couteau,

Des fantômes, la nuit, empèsent les ténèbres…

 

Quand son étau vous tient sur son lit de misères,

Qu’il vous concasse l’âme à la faire gémir

Jusqu’au point de rupture, elle vous donne à vomir

Tourmenté, gangréné par de mauvais ulcères…

 

Lorsqu’elle vous emprisonne au tréfonds d’une impasse

Qui sur vous se referme inexorablement,

Tel un vieux chien fidèle atteint d’épuisement,

Sans ligne d’horizon la volonté s’efface…

 

Quand vous restez proscrit devant des portes closes,

Que l’esprit tourne en rond sans pouvoir se poser,

Qu’aucun souffle de vent ne vient vous apaiser,

Insipide, la vie est pleine de nécroses…

 

Il n’est point de lumière où l’ombre ne lui pas.

De prismes fragmentés, nimbés de reflets moires,

Taciturne clarté, soleil de mes nuits noires,

Tu hanteras les jours à chacun de mes pas…

 

Pétri par le métal rude d’un spleen profond, 

Le mal vivre m’étreint et mon humeur est sombre.

J’ai beau avoir perdu la clef qui mène au nombre

D’or et tourner en rond sous un morne plafond,

Dans ma tête, une voix chantonne à cappella

Un couplet d’espérance et le temps se fragmente.

Dans la clarté jaunâtre où mon cœur se lamente,

Estampée, à toute heure, une présence est là…

 

Il n’est point de lumière où l’ombre ne lui pas.

De prismes fragmentés, nimbés de reflets moires,

Taciturne clarté, soleil de mes nuits noires,

Tu hanteras les jours à chacun de mes pas…

 

    Tenace souvenir d’un amour sublimé,

Ondulante et mouvante, au creux du vague à l’âme,

Insoumise, demeure une petite flamme ;

Rien ne lasse jamais tout subsiste imprimé…

Et même, si lointaine, elle semble ignorer

Mes tendres sentiments, ma mémoire en est pleine. 

Et même si je sais que toute attente est vaine,

Je ne peux m’empêcher, elle, de l’adorer…

 

Il n’est point de lumière où l’ombre ne lui pas.

De prismes fragmentés, nimbés de reflets moires,

Taciturne clarté, soleil de mes nuits noires,

Tu hanteras les jours à chacun de mes pas… 

 

La bouche pleine de sable,

J’hurle mon désespoir

Au crochet de mon cœur,

J’ai pendu mes guenilles 

L’ombre du regret plane,

Émorfile sa lame,

Reflue, s’efface,

Revient au rythme lent des souvenirs…

Des silhouettes rodent,

Resurgissent soudaines…

Des visages apparaissent, s’estompent,

Défilent, s’estampent…

Des regards nous fixent,

Se tournent, se détournent…

Entre indifférence et tendresse

Avancer sur un fil,

Partir, revenir,

Se perdre,

Ressentir l’absence,

Douter de la route à suivre…

Se convaincre,

Oublier, se griser,

Coudre nos paupières,

Trépaner nos cœurs,

S’amputer d’une partie de soi-même,

Claquer les portes,

Remettre le nez à la fenêtre…

 

De flux en reflux

Reste la mémoire

Des mains que l’on voudrait saisir,

Elles s’ouvrent, se ferment,

Nous échappent, nous hantent,

Puis nous manquent,

De nouveau, nous frôlent…

Regarder ce qu’on laisse,

Le vouloir, tourner en rond,

Ne pas pouvoir, hésiter,

Le renier, l’aimer malgré soi,

Ne savoir que faire, ni même, vraiment où aller…

 

Jamais je n’aurai cru possible,

Cette douleur,

Ce manque d’Elle qui me broie

Et concasse ma raison.

Fil à fil, ma vie se déconstruit,

S’effiloche, se dissout dans l’acide.

Pourquoi ?

Qu’ai-je fait pour être mis au supplice ?

Les coups pleuvent.

Touché dans mon identité profonde,

Ma façon d’être,

Ma singularité,

Ma condition d’homme,

À genou sur le carreau de l’indifférence,

Je vacille.

Partout de froids regards me rejettent,

Me repoussent, m’éjectent, me condamnent à l’exil.

Plus je plonge et plus,

Désincarnée, une main me tient la tête sous l’eau.

Le vide me submerge,

J’en bois le sel amer

Et j’entends mon corps

Se tordre et hurler.

Jamais je n’aurai cru possible

Ce naufrage…

 

Chacun des tes regards baigné d’indifférence

Est un sabre tranchant qui taraude mon cœur

Et me laisse orphelin moribond dans l’errance

C’est ainsi que veux-tu, je n’ai pas de rancœur.

Je reste simplement suspendu dans l’attente,

La tristesse et l’ennui complotent de concert,

Je ne sais plus quoi dire à ton ombre latente

La pendule lambine et le ciel est désert…

 

Vivre est une contrainte, une vieille habitude

Qui nourrit en son sein l’inaltérable espoir,

Ce bourreau, ce menteur prêchant l’incertitude

Pour mieux me dépouiller lorsque tombe le soir…

Rien ne vient et tout passe imprécis et morose,

Pas un geste, un sourire, une once de chaleur,

Je demeure transi devant la porte close

Dont je cherche la clef comme un cambrioleur…

 

Un volet claque au vent, l’eau coule sous les ponts,

Il fait froid, c’est l’hiver, un rire me désigne

Moqueur : « pleure et rejoint la file des vagabonds ;

La fatigue te broie et la mort te fait signe. »

A quoi bon m’obstiner tout me dit c’est fini !

Un navire est à quai balloté par la houle,

Quand viendra la marée, homme seul et banni,

Un jour je partirai, loin des bruits de la foule…

 

Sur les ailes de la nuit

Un sac plein de rêves

À l’épaule

Solitaire

J’arpente les trottoirs de la ville

 

Seule une flûte de vent

Accompagne complice

Mon errance

 

Peuplé d’ombres

Le silence

Bruisse entre deux réverbères

 

L’écho de mes pas

Roule sur le bitume

Et se perd sur des pierres étrangères

 

Dans ma tête des mots

Tournent puis s’estompent

Sans réponse

 

Portes et fenêtres closes

Imprégnées de mystères

Les rues me sont familières…

 

Lorsque la vie bascule,

Et s’évide de sens,

Qu’il nous semble être nu,

Dépouillé,

Quand le cœur se lamente en guenilles

Et que l’âme est jaspée d’ecchymoses,

Quand l’esprit tourne en rond dans les limbes,

Sans une main, un ancrage

Sur lequel s’arrimer,

Quand la mémoire s’accroche au bonheur passé

Et ne saisit que le vide,

Quand l’incompréhension vous bouscule,

Quand le désespoir

Vous cogne la tête sur les murs,

Quand un poing vous martèle le ventre,

Lorsque le sommeil et l’appétit vous fuient,

Quand le manque, tel un ver,

Vous ronge de l’intérieur,

Quand l’envie vous déchire les entrailles

Et vous coupe le souffle,

Quand l’être aimé vous ignore, vous renie,

Lorsque l’amour déborde

Et s’époumone en vain,

Quand…,

Seules la douleur et les larmes

Vous disent, encore, être vivant !…

 

Les chemins se croisent,

S’entretoisent, se suivent,

S’éloignent, se dispersent,

S’égarent,

Il en est qui disparaissent,

D’autres qui s’élargissent…

Bordés d’arbres fruitiers

Ou d’épineux hostiles,

Certains mènent au paradis

D’autres dans l’impasse…

 

Sinueuse, incertaine,

Hasardeuse, nos routes

Zigzaguent, à pas pressés,

Sur les rives du doute…

 

De l’aube au crépuscule

Et du crépuscule à l’aube,

Sur les pas du soleil

Où dans l’ombre de la lune,

Entre deux nuées grises,

L’âme et le cœur cerises,

Sur les sables stratifiés

Cheminant au hasard

Vers un monde inconnu,

Je suis ce voyageur

Qui marche tête nu…

Le doute s’est glissé par un trou de serrure

Pas plus grand qu’une épingle et pourtant, dans mon cœur,

Il mûrit doucement et ricane moqueur,

D’un mensonge bénin s’éveille la blessure…

 

Je voudrais chasser l’ombre à la fois belle et triste

Qui revient embrumer la ligne d’horizon,

D’un pas léger franchir le seuil de ma maison

Et m’asseoir près du feu sans être pessimiste…

 

Mais l’automne a posé sur mes yeux sa voilure.

Le sifflement d’un train annonce ton départ.

Sur le quai déserté, je cherche ton regard ;

Seule, là-bas, au loin flotte ta chevelure…

 

Au crépuscule, je reste assis devant ma porte

Et regarde tomber la grisaille et l’ennui.

Une escadre d’oiseaux s’enfonce vers la nuit

Naissante, vers l’ailleurs le souvenir m’emporte…

 

Sur ma bouche, une femme a laissé son empreinte,

Rien qu’un simple baiser, comme un petit bonheur,

J’en effleure du doigt l’indicible douceur

Et regarde mourir le jour en demi-teinte…

 

J’aurais voulu quitter mes habits de tristesse,

Ne pas me sentir seul lorsque je dis tendresse.

La vie est infidèle au bon vouloir du cœur ;

Sous ma fenêtre chante un grand merle moqueur…

 

J’aurais voulu cueillir des roses sur tes lèvres,

Ensemencer le ciel de lys blancs et de rêves,

Sur un arbre, graver ton visage et ton nom,

Te préserver du froid de la morte saison…

 

Mais le temps est cruel avec celui qui aime.

Des promesses d’hier, ne reste qu’un poème,

Des larmes, des regrets et de sous-entendus

Dont l’encre s’édulcore au fil des mots perdus…

 

J’aurai voulu t’aimer à en perdre la tête,

Faire de chaque jour une nouvelle fête.

Je t’ai vu doucement ne plus dire demain,

Pas à pas, t’éloigner en délaissant ma main…

 

J’aurai voulu partir, avec toi pour, Venise

Et peut-être m’asseoir sur le banc d’une église

Mais sur les quais déserts, s’éloigne ton regard,

Seul résonne l’écho d’un train sur le départ…

 

J’aurai voulu garder ton petit cœur pour cible

Mais je suis maladroit, cela devient risible.

Comme peau de chagrin, mon carquois est usé ;

Je n’en ai plus la force et mon arc est brisé…

 

Vapeurs d’encens, parfums, la rose et le jasmin

Vibrent dans des jardins évanescents, ma muse

Sur les berges du fleuve, ivre de vent, s’amuse.

Elle, d’un pas de danse, a délaissé ma main…

 

Mais tenace, le temps époussette, un à un,

Les souvenirs des jours fastueux de naguère.

Et même si ailleurs, elle ni songe guère,

Je ne peux m’empêcher de l’adorer en vain…

 

Le soir, je l’imagine, oiseleuse, jouer

Un air de piano. Sur le clavier, agiles,

Ses doigts semblent semer des arpèges graciles,

Je l’entends, la regarde et je rêve enjoué…

 

Quand je succombe las, les yeux lourds de sommeil,

Sous son aile, le songe, ardemment, dodeline

Ces nuits de tendresse où elle venait, câline,

Blottir tout contre moi son corps d’ambre et vermeil…

 

D’elle, entiché, je sais le manque à fleur de peau,

Rien ne vient éreinter cette espérance enclose,

Bien que contrit, déchu, loin de sa porte close,

Près d’elle, mon amour dérive au fil de l’eau…

 

Comme l’archet cajole et fait pleurer au sang

L’âme des violons, persistante, son ombre,

De joies et de chagrins enchante la pénombre

Où mon cœur endeuillé frisonne incandescent…

 

Le drap noir de mes nuits blanches étend ses ailes

Sur la ville endormie, un voile de dentelles

Époumone blafard l’étal des magasins

Et glisse entre les murs des immeubles voisins…

 

Reflets tremblants sur l’eau, lueurs douces-amères,

Sous le pont des soupirs flottent des éphémères,

Minuit sonne au clocher, mon cœur sur le pavé

Répercute l’écho de mon pas dépravé…

 

C’est l’heure improbable où l’âme solitaire

Doucement déambule aux pourtours du mystère,

Où le sentiment d’être allume ses brûleurs

Et distille l’alcool des intimes douleurs…

 

J’écoute sangloter les ombres délétères

Qui viennent s’échouer aux pieds des réverbères,

Nostalgiques vapeurs, causes de mon émoi,

Reviennent les parfums que j’aime malgré moi…

 

Sur le quai d’une gare un papillon s’envole,

La brûlure s’évase et ravive l’émoi,

Bientôt je serai nu, déjà mon sang s’affole,

Je regarde le ciel et les jours devant moi,

La flamme, le brassier, immense l’incendie

Déferle sur mon cœur, quand tout sera brûlé,

Consumé, calciné subsistera bannie

L’empreinte du passé sur laquelle empalé

Je gémirai sans fin mon chagrin et ma peine…

J’écouterai la plainte aux mots décapités

Se briser sur les murs du silence d’ébène…

Ô limbes, profondeurs et chemins désertés,

Condamné, je suis seul les mains pleines de cendres,

Je ne peux oublier le jardin, l’oasis,

Le verger de l’amour et tous ces matins tendres

Qui fleurissaient à l’aube au temps heureux, jadis !…

 

J’ai laissé un morceau de mon cœur chevillé

Sur les berges de l’Aude. À ton ombre empaillé,

Je fais des ronds dans l’eau. Étrange phénomène,  

De vivre loin de toi, je ne suis plus le même…

 

Je peux dire et vouloir, tu ne m’as pas quitté,

Dans l’écho des tes pas, je demeure alité

Et malgré le réel, la rupture subite,  

Il n’est pas d’autrefois, ta présence m’habite…

 

Petit coin de ciel bleu dans le creux de ma main,

Aujourd’hui comme hier, ou encore demain,

Quoique tu es pu faire et quelque soit ta route,

Il me semble t’aimer, sans nulle ombre ni doute…    

 

Il suffit

D’une bûche dans l’âtre

D’un gazouillis d’oiseau

D’une bouteille de bon vin

D’un fauteuil où s’étendre

D’un bouquet de pervenches

D’une fugue de Bach

D’un rayon de soleil

 

Le lierre court sur la pierre blanche

Un chat noir sommeille sous la tonnelle

Une odeur de moka

Embaume l’atmosphère

Une femme s’éveille

 

Sourire au matin

Mot tendre

Caresse du regard

Effleure de la main

Il suffit de s’entendre

D’un crayon à papier

D’un poème inédit

 

Les dés roulent sur la table…

Il suffit, peut-être de si peu !

 

Dans l’âtre refroidi plus même une étincelle.

Je n’irai plus, au jardin, rêver sous la tonnelle,

Sous un arbre se fane un plant de vétiver ;

En avril, j’ai remis mon vieux manteau d’hiver…

 

Sous un soleil voilé, les jours heureux s’effacent.

Sans même s’arrêter, les hirondelles passent.

Résonance d’antan que je n’ai pas choisi ;

Émerge de la terre, une odeur de moisi…

 

Dans la pâle clarté d’une lampe infidèle,

Recouverte de givre, expire l’asphodèle.

Sur la laisse de mer, comme de vieux galets,

L’amour s’est échoué parmi les bois flottés…

 

Le vers est dans le fruit, coquille de noix vide,

La vie, en catharsis, déambule frigide.

Enroulé sur lui-même, inerte et fatigué,

Le temps est un ressort au milieu du gué…

 

Sur la plage déserte où mon cœur se larmoie,

S’alune une étoile aux grands yeux de soie.

Cheveux livrés aux vents du haut de ton château,

Que tu es belle au loin, simple reflet sur l’eau…

 

Au détour d’une rue,

Assis sur la marche du destin,

Au début d’un été,

Comme un souffle de vent

Dans le soleil rasant.

Parfum d’éternité,

Je revois cette femme vêtue de noir

Cette inconnue marcher sur le trottoir.

Irréelle et lègère,

D’une rare élégance,

Elle semblait flotter.

De seule présence,

Enluminant toutes choses,

Elle apprivoisait les humeurs du temps.

Abysale émotion,

Sans l’avoir jamais vue,

Sublime impression de déjà la connaître.

Comme pris de vertige

Cœur transi, palpitant

Vers elle,

J’ai levé mes yeux émerveillés

Sur les chemins pétrés

Depuis

Elle ne m’a jamais quitté,

Je ne peux l’oublier…

 

Mon merveilleux Amour,

Malgré ta parole refusée,

Tes sourires absents,

Tes lèvres closes,

Tes regards aveugles,

Tes oreilles obstruées,

Tes mains retirées,

Malgré ta cruauté,

Ton indifférence,

Ce que tu as pu dire,

Ce que tu as pu faire,

Les lits où tu t’es perdue

Le mal que tu m’as fait,

Point besoin de repentir,

D’excuses ou de pardon,

Pas même besoin d’en parler ;

Tu es mon essentielle !...

 

Si un jour, tu revenais,

Je sècherai mes larmes,

Je n’aurai rien à dire ni à te reprocher.

Aube neuve,

Une autre histoire commencerait.

Je laisserai le passé à sa place

Derrière nous.

Ce que tu as pu faire ou dire

M’importe peu.

L’amour se moque d’hier

Et se vit au présent.

Si un jour tu revenais,

Je te prendrai contre moi, tendrement,

J’en goûterai le bonheur à tes lèvres

Et te regarderai, épris, comme au premier jour.

Si un jour tu revenais,

Je t’offrirai des fleurs,

Des roses sans épines,

Des bouquets de tendresse

Et des nuits d’ivresse…

Si un jour tu revenais,

Je te dirai merci,

Je te dirai : je t’aime !

 

Si un jour Elle revenait,

Certains amis diraient que je suis fou

Et d’autres en souriraient

Mais tous en seraient heureux.

Si un jour Elle revenait,

Qu’importe les médisants

Et tous leurs jugements,

Fier, je passerai, devant eux,

Tête droite.

Si un jour Elle revenait,

Je bénirai ce jour,

Je pardonnerai ces autres

Qui hier, dans mon dos, persiflaient.

Si un jour Elle revenait,

Je n’entendrai personne,

Je n’aurai de mots que pour Elle !

 

Un bruissement de vent se lève musical.

L’archer d’un violon glisse entre les futaies.

Le chant d’un rossignol, faussement amical,

Outrage mes tympans de balivernes gaies…

 

Ne sachant où m’enfuir, je titube aux abois.

Alors que je suis seul pleurant mes amours mortes,

Des mèches de lumière ondulent sur les toits ;

Trait bleu sur l’horizon, l’aurore toque aux portes…

 

Je regarde ébloui, les yeux lourds de sommeil,

La roue au firmament tourner sur elle-même.

Cascatelle d’épis, sa crinière de miel

Escalade le ciel, frétillante et bohème…

 

L’aubade des oiseaux, dans le soleil naissant,

Me triture le cœur, je ne vois que ténèbres ;

Plus encore je maudis l’astre assourdissant

Qui déploie, ignées, une à une, ses vertèbres…

 

Une ombre déambule, animal effronté,

Le long d’une mouchette un chat passe, me toise

Puis me tourne le dos sans un brin de piété.

J’ai joué, j’ai perdu, j’en réglerai l’ardoise…

 

Comme un éclat de verre, un rire cristallin,

D’une fenêtre ouverte, en fontaine, ruisselle ;

J’imagine une femme en chemise de lin

Lestement toupiller sur une balancelle…

 

Qu’attend le mal-aimé ? La vie ou le trépas,

Une oreille attentive, une main passagère ?

Que veut le mal-aimé ? Lui-même ne le sait pas !

Il rêve simplement d’une belle étrangère…

 

Ultime assaut tardif d’un hiver obstiné,

Des ongles de cristal griffent le paysage,

Ils figent, au matin, le printemps nouveau-né

Et entoilent le jour sous un épais corsage…

 

De grands arbres transis se penchent effarés

Sur la terre fardée, enduite de filasse.

Lapis-lazuli, seuls des reflets chamarrés,

Irisés de vermeil zigzaguent sur la glace…

 

Un silence d’église habite les sous-bois

Ni musique ni chants et point de saxophones,

N’égaient la feuillaison ; Pas de merle aux abois,

Ensachés par le gel, tous les nids sont aphones…

 

Où es-tu mon amour, je ne sens plus ta main.

Le verdict est tombé. Je ne vois plus ton ombre

Danser sous les grands pins, dois-je croire à demain ?

Je n’entends plus ta voix déchirer la pénombre…

 

La neige, cette nuit, blanc linceul de coton,

A posé sur mon cœur des étoiles de givre.

Sur la branche d’un chêne, un oiseau vagabond

M’indique le chemin du vouloir et du vivre…

 

Lorsqu’hanté par des voix le silence résonne,

Une présence est là qui se moque de moi.

Je chuchote des mots d’amour que personne

N’écoute, alors, je tourne en rond, rempli d’émoi…

 

Les yeux mouillés, je rode aux seuils des portes closes.

Une lampe s’éteint, me laissant dans le noir.

Comme un chien éperdu, face aux heures moroses,

Je sais l’attente vaine et futile l’espoir…

 

J’ai mal au cœur, le froid m’étreint, soudain me glace.

Une étrangère me toise et puis me laisse choir.

Je contemple l’espace où je n’ai pas de place.

J’attends mais rien ne vient ; déjà tombe le soir…

 

Elle me sait à ses pieds et pourtant pas un signe,

Ni même un geste tendre, elle rit dans l’ailleurs.

À quoi bon supplier, il me faut rester digne,

Sans m’épancher, partir loin, vers des jours meilleurs,

 

La laisser à son monde où j’ai peu d’importance.

Même si je la pleure, à présent je le sais ;

Je n’aurai le regret de son indifférence.

L’existence est ainsi : « pour un mal un bienfait!... »

 

Comme sortis d’un chapeau,

S’ils étaient des mots magiques,

Je te dirais les souvenirs

Qui me hantent et m’habitent…

 

Je te dirais ces confidences

Maux à mots prodigués,

Cette rivière apaisante

Basée sur la confiance…

 

Je te dirais ces printemps

Où le jardin refleurit,

Le chant du rossignol,

La vie en pente douce…

 

Je te dirais mes sourires,

Mes gestes de tendresse,

Les choses partagées,

Le beau temps retrouvé…

 

Je te dirais ces étés,

Les berges des étangs,

Les huitres dans nos assiettes

Et puis la couleur du vin…

 

Je te dirais qu’en toutes circonstance,,

Sans calcul ni contrainte,

Que j’étais là pour toi,

Que tu étais là pour moi…

 

Je te dirais les soirs d’automne,

Le chat qui doucement ronronne,

La bûche qui crépite

Et puis mes mains, sur ton cou, tes épaules…

 

Je te dirais ces hivers,

Le bruissement glacé des draps,

Entoilés, nichés l’un dans l’autre,

La chaleur de nos corps…

 

Je te dirais le désir

Qui jamais ne m’a quitté,

Cet amour fidèle et fou qui t’a réconfortée,

Sur lequel, tu pouvais t’appuyée…

 

Je te dirais le plaisir,

L’empreinte de mes doigts,

Ton sourire au matin

Qui toujours m’émerveille…

 

Je te dirais ces enfants

Qui jouent et dansent, et puis que j’aime !

Ces repas en famille

Et puis tous nos amis, assis sous la tonnelle…

 

Je te dirais ces poèmes

Où nos voix se complétaient,

Ces instants où tu étais reine

Et moi, émerveillé…

 

Je te dirais les berges de la Dordogne,

Saint-Paul de Vence, la Baie des Anges,

Un coucher de soleil, l’océan Pacifique

Et tant d’autres lieux encore, Gérone et Barcelone…

Je te dirais, aujourd’hui comme hier

Ou encore demain,

Quelque soit le temps ou même le jour :

 

Je rêve d’infini, de fresques éternelles,

Tandis que je m’étends dans un profond sommeil,

Prophétise, argentin, le bleu d’un autre ciel,

D’une esquisse au crayon, dessine-moi des ailes…

 

Montre-moi, mon Amour, la source intarissable

Où ton âme se perd. Si tu le veux, demain,

Je resterai niché dans le creux de ta main ;

Sous tes doigts naîtra l’espace insaisissable…

 

De l’ombre, entre nos corps, abroge la frontière.

D’argile et de pigments, façonnés aux couteaux,

Transmute la substance en mille et un tableaux ;

Imagine la lumière au cœur de la matière…

 

Je voudrais me suspendre aux couleurs de ta toile,

Me fondre dans l’ailleurs qu’enfantent tes pinceaux

Et m’envoler, plus haut que les oiseaux,

Dans l’immensité libre où migrent les étoiles…

 

Je te dirais que tout de toi, me manque,

Que j’aimerais te séduire,

Te prendre dans mes bras,

Que j’ai l’envie de toi !...

 

Mais mon chapeau est vide,

Point de baguette magique

Ni même de lapin,

Et je n’ai pas les mots, seule, toi les possèdes…

 

 

Lors d’une chaude nuit d’été, suave et douce,

Comme un copeau de brise, un simple courant d’air,

Une empreinte de pas, sur la laisse de mer,

Laisse le souvenir d’une ombre qui s’émousse…

 

Bois flotté sur la grève, il est un vieux retable

Qui fièrement, jadis, côtoyait l’infini.

Sur les dunes s’envole un manuscrit jauni,

Il ne reste plus rien de nos châteaux de sable…

 

La mer toujours avance et nimbe les rivages

D’une mantille bleue. Au loin, dans le grésil,

Un pâle oiseau de sel dérive vers l’exil

Puis d’une aile s’estompe au fond des paysages…

 

Emportées par le flot des vagues musiciennes,

À l’heure ou l’aube étire, un à un, ses flambeaux,

Chroniques du passé, délavées, en lambeaux,

S’essoufflent, dans l’azur, les nostalgies anciennes…

 

Sur la lande des jours et la crête des heures,

De minute en seconde, exalter de l’instant

Le souffle merveilleux, quitter toutes demeures

Et connaître l’oubli, sans regret, lentement…

 

Les runes tournent sur la table d’émeraude,

Les oiseaux de mauvais augures

Ont déposé les armes.

Les vagues les emportent

Loin, vers des ailleurs abyssaux.

Là, où tout n’était que ténèbres et larmes

Peuplés de gorgones et maintes chimères,

Un halot de lumière éclabousse

Les rives désertiques

Où, crédule, mon cœur

S’était fourvoyé.

Les ultimes échos des grandes déferlantes,

Au fil de l’eau,

Se fondent puis s’estompent,

Dans la multitude.

Grains de sable blond, entre mes doigts,

Les jours coulissent sans secousse,

Coulées de miel entre les persiennes ;

Les heures coulent limpides…

 

Ce soir la lune est pleine.

Un chat miaule et griffe le silence.

Des ombres bruissent sous les platanes.

Nonchalante,

La Robine lambine le long des quais.

Des vapeurs bleutées, de myrtes et d’encens,

Encerclent les réverbères.

Loin des clameurs humaines,

Des bouquets de parfums s’éparpillent ;

La terre respire.

 

Dans les jardins,

La rose et le lilas

Exaltent des senteurs printanières…

 

Sur les berges de l’Aude, errance au fil des eaux,

Une nymphe voltige, un peu folle, s’étonne.

Soupir évanescent parmi les fleurs, les roseaux,

Une feuille glisse au vent frivole de l’automne…

 

Des brisures de miel nimbent maints voiles fins

Que la brise, un par un, éparpille en dentelles.

Rouges, blancs, jaunes, bleus, des pétales, des parfums

Tourbillonnent légers comme des balancelles…

 

Une lyre bruisse entre la frondaison.

Sur un carré de mousse, un brin d’herbe frisonne.

Un souffle d’âme entonne un refrain de saison,

L’hirondelle s’envole et son écho résonne…

 

Ce que rouille corrode, empourprés de vermeil,

Esquisse un pas de danse. Enluminant septembre,

Coiffé de cheveux d’ange, un long doigt de soleil

Folâtre dans l’éther. Le ciel a la voix tendre…

 

À ma porte ronronne un vieux chat abyssin

Et mon cœur se ballade. À l’ourlet de tes lèvres,

Je goûte, mon amour, la pulpe du raisin,

La liqueur d’un baiser enjolive mes rêves…

 

Si loin du chaos…

 

Sur la rose des vents, j’ai dispersé mes larmes

Et dans un sac rangé mon armure et mes armes.

Épandu dans l’ailleurs, loin, si loin du chaos,

Tout est calme, apaisé. Seuls de tendres échos

Me chuchotent des mots aimables à l’oreille.

Une sirène brune, à nulle autre pareille,

Apparaît, disparaît, m’enjôle à pas feutrés,

Me dévoile, un à un, son âme et ses secrets.

Comme des lunes d’eau, la douceur d’un sourire

Se pose sur le sable et la mer se retire…

Des cristaux de tendresse emperlent ses grands yeux,

Ému par tant de grâce enluminant les cieux,

Rêveur, je vais, je viens, dérive sur la toile

Blanche ou mon cœur palpite entiché d’une étoile…

 

Au delà des nuages…

 

Un pied sur un tas de cendres,

L’autre sur la braise renaissante,

Au terme d’un douloureux hivernage,

Mince frontière mouvante,

Je m’éveille debout à l’endroit précis

Où les mondes se croisent.

D’un côté, peuplée de fantômes,

La mer des grandes solitudes

Sur laquelle les âmes tourmentées

Font naufrage.

De l’autre, le soleil levant.

Au dessus de ma tête,

Un ciel marbré d’ecchymoses,

Tout autour de moi,

Tourbillonnent des voix contradictoires.

Les premières, en bourrasques,

Portent le sel de l’amertume,

L’une me gifle, l’autre me bouscule…

Les secondes ont la douceur

Des harpes célestes.

Elles me parlent de la beauté des choses,

De ces ailleurs aux versos des nuages.

Comme autant de petits cailloux blancs,

Elles sèment les fleurs de l’espérance

Et me disent et la vie et l’amour

Inscrites sur mon chemin….

 

Ce qui est terrible dans la douleur du vivre,

C’est qu’elle nous prend ce que nous avions de bon

Ce qui est terrible dans la douleur du vivre,

C’est que, malgré nous, elle nous rend mauvais

Ce qui est terrible dans la douleur du vivre

C’est de penser que l’autre, sans peine ni regret,

Continue d’être heureux

Ce qui est terrible dans la douleur de vivre

C’est qu’on en vient à souhaiter

Qu’il puisse être malheureux

Ce qui est terrible dans la douleur du vivre

C'est qu'on n'en sort pas idemne

et que l'on ne sera plus jamais le même  

 

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Published by Philippe Lemoine - dans Rupture...