Le blog de Philippe Lemoine

Engoncé dans sa veste, abruti de fatigue,

Résultat quotidien d’un labour épuisant,

Trop fourbu pour rêver, d’un pas lourd et pesant,

Il marche tête basse à travers la garrigue.  

Trébuchant maladroit sur des mottes de terre,

Il ne sent plus ses pieds que le gel engourdis

Et ronchonne un blasphème inaudible tandis

Que craque son genou gauche au froid réfractaire.

Il ressent dans son corps les blessures de l’âge,

Comme, sans autre choix, se soumet le bétail,

L’usure d’une vie enchaînée au travail

De la treille, amoureux du plus petit cépage.

Mais plus que le labeur, du climat la rudesse,

Les morsures du Cers, l’âpreté du sentier,

La sueur et l’effort, les soucis du métier,

C’est le siècle actuel qui nourrit sa détresse.

Lui, qui depuis toujours soigne et nourrit sa vigne,

 Qui face au vent contraire, envers et contre tout,

Pour un gain de misère, endetté jusqu’au cou,

Lui qui, vigneron, fier a toujours vécu digne

Au monde et ses valeurs n’a plus d’appartenance.

Sans ménager sa peine, il a beau s’échiner,

D’une saison à l’autre, élever, façonner

Dans ses foudres le vin avec persévérance,

Il se sait condamner par l’humeur versatile

   D’une époque soumise à la loi du marché

Alors, las de lutter, découragé, touché

Dans ses tripes, vaincu par l’hydre mercantile,  

Il avance à pas lent replié sur lui-même

Et cherche dans son cœur une raison d’espérer,

Juste un coin de ciel bleu, la force d’augurer

Sans pleurer, l’avenir de la terre qu’il aime…

Ven 26 jun 2009 2 commentaires
Ah la loi du marché, l'hydre mercantile comme tu la nommes...
Que de beaux métiers que d'artisans sint et seront écrabouillés par elle... 
Renard - le 26/06/2009 à 16h01
Les uns ont toujours plus et les autres moins, l'humain devient chiffre quantifiable...
Amitiés Poétiques 
Philippe Lemoine
Une poésie très touchante. Je suis remuée.

Lueur
Lueur - le 03/07/2009 à 02h59
Merci à vous lueur d'en avoir partager avec moi la sensibilité...
Amitiés Poétiques
Philippe Lemoine