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Vaincu par l'orage...

Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 02:27

 Cinquante ans sont passés, j’en maudis ma mémoire.

Sans fin j’ai ressassé cette terrible histoire,

Je m’en souviens toujours, c’était un traquenard

Dont je conserve intact l’horrible cauchemar.

C’était une nuit d’été, nous étions en famille,

Rieuse, je n’étais qu’une petite fille…

Tandis que je dormais brusquement j’ai senti

Un homme se glisser, près de moi, dans mon lit.

Je n’avais que huit ans, je ne savais que faire,

J’ai reconnu sa voix, il m’a dit de me taire.

Je ne comprenais pas ce qu’il faisait ici,

Quand il m’a caressé, sous le choc, j’ai frémi.

Je ne pouvais bouger car sa main sur ma bouche

M’empêchait de crier, me clouait sur la couche.

Il se frottait sur moi. Son souffle dans mon cou

M’inspirait, haletant, la peur et le dégoût.

Il salissait ma peau, j’étais la prisonnière

De ses gros doigts rugueux. De façon ordurière,   

Il profanait mon corps : c’était un animal !

Je désirais mourir tant il me faisait mal.

Il me volait l’enfance, il n’était plus mon oncle.

Empressé d’en finir, il m’écorcha d’un ongle,

Il m’écarta sous lui, tandis qu’il m’empalait,

Je l’implorais des yeux et lui : il me violait !…    

Lors que revient la nuit je pourchasse cette ombre

Qui m’entraîne toujours vers la chambre sombre

Où j’ai, jadis, connu la terreur et l’effroi

Et, trop jeune, perdu l’innocence et la foi….

Par Philippe Lemoine - Publié dans : Vaincu par l'orage... - Communauté : Les mots dans tous leurs états
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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 11:27

Ici, tout est sinistre ou presque, le béton

Projette sa laideur, grise, nauséabonde,

Son ombre verticale. À la face du monde,

Il hurle sa misère et ses murs en carton

Se fissurent. Ses fers, mis à nus, corrodés,

Se lamentent. Parfois, un bloc de pierre tombe

D’un angle, d’un balcon sur le parvis immonde,

Sans pelouse ni fleurs d’immeubles dégradés

Où, du matin au soir, maraudent désœuvrés

Des jeunes méprisant le collège, en rupture

Avec la société. Narguant la préfecture,

Asociales, leurs lois sont celles des cités…

Certains sont au chômage et d’autres délinquants,

L’un revend de la drogue, un autre porte une arme,

Ils deviennent ainsi voleurs ou trafiquants

Parfois même assassins sans verser une larme…

Ne montrant pas l’exemple en négligeant l’éthique,

Le profit pour moteur au lieu du fraternel, 

De la cause à l’effet, la société fabrique

Des générations perdues, des criminels… 

En ces lieux délaissés, seuls les déshérités,

 Smicards, fils d’émigrés, chômeurs, ou bien familles

Pauvres, comme exilés aux frontières des villes,

Survivent oubliés par les autorités…

Par Philippe Lemoine - Publié dans : Vaincu par l'orage... - Communauté : écrire c'est hurler en silence
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Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 22:41

Dans la pâle clarté d’une ampoule citron,

Elle git, affalée, entre murs et carrelages,

Plus la force de faire, il faut croire aux mirages,

Nulle rose n’éclaire et ses joues et son front…

Jeune fille étrangère à ce triste décor,

  Sur le sol nauséeux de latrines blafardes

Où volètent, sans fin, des mouches nasillardes,

À demi-repliée elle respire encor…

Si près, si loin de nous, les yeux clos, dans l’ailleurs,

Esseulée, elle est là ! Le visage livide.

Dans sa main entrouverte, une seringue vide,

Peut-être rêve t’elle à des mondes meilleurs… ?

Des nuées de coton toupillent dans le ciel,

Elle ne bouge pas, ses membres sont inertes,

Mais s’égare pourtant sur des îles désertes

Et plonge plus profond dans un mauvais sommeil…

Quand la pierre craquèle et s’effrite en morceaux,

Lorsque l’hiver est rude et la terre gelée,

Tandis que doucement expire l’azalée,

Vers quels lointains pays s’embarquent les oiseaux ?…

Par Philippe Lemoine - Publié dans : Vaincu par l'orage... - Communauté : IMAGE.POESIE
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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 09:44

Dans la maigre clarté d’une ampoule blafarde

Qui pendouille au plafond, ô misère, ô chagrin,

Dans un mauvais sommeil, vois cette femme hagarde ;

La tête sur la table, elle cuve son vin…

C’est ainsi qu’elle oublie et la rue et le monde,

Le pain noir des forçats, tous ces hommes là-bas

Accoudés au comptoir, le vulgaire et l’immonde,

La mauvaise existence accrochée à ses pas…

Et lorsqu’un étranger, sans forme ni visage,

La jette sans façon sur un divan bancal,

Lui malaxe les seins, dégrafe son corsage,

La pénètre et l’outrage insensible et brutal ;

Passe, passe la vie émétique et cruelle,

 Pour un verre d’alcool ou bien de quoi manger,

Elle a vu tant de corps se répandre sur elle

Et reçu tant de coups la mettant en danger,

Qu’inerte, les yeux clos, elle expire à voix basse,

Glisse, glisse le jour, tombe, tombe le soir,

Aux pourtours de la nuit demeure son ombre lasse,

Qui titube et survit sur le fil d’un rasoir…

Tristement, je vous dis l’épouvante ordinaire

Mais aussi, au-delà, la sensible beauté

De la l’humaine laideur et j’écris, visionnaire,

La bêtise et l’enfer de notre société…

Par Philippe Lemoine - Publié dans : Vaincu par l'orage... - Communauté : écrire c'est hurler en silence
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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 12:56

 

Je connais des ailleurs où l’on parle à voix basse,

Où l’on rase les murs tandis qu’une ombre passe,

Là-bas, un geste, un mot peuvent être fatal,  

Là-bas, la terreur fuse en éclats de métal,

Seul résonne, sans fin, le langage des armes,

Les trottoirs sont tachés par le sang et les larmes…

Je parle de pays que nous ignorons tous

Où gouvernent des chiens plus cruels que des loups, 

Où la vie est pendue à l’humeur versatile

Des fusils. Là-bas, il faut être servile,

Soumis, courber l’échine et ne pas larmoyer

Sur son sort, sur les morts, ne pas se fourvoyer

Sur le sens de la vie et des choses sordides,

Là-bas, il faut survivre à des tyrans perfides,

Ramper comme des rats et prier à genoux ;

Là-bas, c’est à côté, si près, si loin de nous…

Par Philippe Lemoine - Publié dans : Vaincu par l'orage... - Communauté : Poetes Maudits
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