Cinquante ans sont passés, j’en maudis ma mémoire.
Sans fin j’ai ressassé cette terrible histoire,
Je m’en souviens toujours, c’était un traquenard
Dont je conserve intact l’horrible cauchemar.
C’était une nuit d’été, nous étions en famille,
Rieuse, je n’étais qu’une petite fille…
Tandis que je dormais brusquement j’ai senti
Un homme se glisser, près de moi, dans mon lit.
Je n’avais que huit ans, je ne savais que faire,
J’ai reconnu sa voix, il m’a dit de me taire.
Je ne comprenais pas ce qu’il faisait ici,
Quand il m’a caressé, sous le choc, j’ai frémi.
Je ne pouvais bouger car sa main sur ma bouche
M’empêchait de crier, me clouait sur la couche.
Il se frottait sur moi. Son souffle dans mon cou
M’inspirait, haletant, la peur et le dégoût.
Il salissait ma peau, j’étais la prisonnière
De ses gros doigts rugueux. De façon ordurière,
Il profanait mon corps : c’était un animal !
Je désirais mourir tant il me faisait mal.
Il me volait l’enfance, il n’était plus mon oncle.
Empressé d’en finir, il m’écorcha d’un ongle,
Il m’écarta sous lui, tandis qu’il m’empalait,
Je l’implorais des yeux et lui : il me violait !…
Lors que revient la nuit je pourchasse cette ombre
Qui m’entraîne toujours vers la chambre sombre
Où j’ai, jadis, connu la terreur et l’effroi
Et, trop jeune, perdu l’innocence et la foi….
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