Dérivant sur l’étang d’une morte mémoire,
Je contemple meurtri cet étrange grimoire,
Là, sous mes yeux usés, la fleur du nénuphar,
D’un soupir altéré, s’édulcore sans fard…
Sur le rasoir de l’âge, instable, moribonde,
Esseulée, atonique, incomprise du monde,
Sur une onde stagnante, infertile au printemps,
Muette, elle subit les outrages du temps…
Son souvenir brisé, sans empreinte ni trace,
S’époumone à rester sur la morne surface,
Tranchant, un aiguillon lui triture le cœur,
Inerte sous le dard, elle s’offre au malheur…
Flegmatique, la mort se dénude complice,
Sans larme, goutte à goutte, exalte son supplice,
De la blessure ouverte essouche lentement,
De sa tige, un à un, ses pétales d’antan…
Au-delà des douleurs trop lasse pour se plaindre,
Atone, sous l’acmé trop forte pour l’atteindre,
Sur le fil de l’oubli, d’une blême clarté,
Elle implore, sans voix, l’obscure éternité…
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