Je regarde la rue au visage mouillé,
Le pavé brille, il pleut depuis l’aube sans trêve,
D’une calme langueur, le temps coule émaillé
Par le souffle de l’eau ruisselant sur la grève.
Sur la place un feuillu danse au rythme du vent
C’est un jeune platane hirsute semblant ivre
Il gesticule seul, se penche vers l’auvent
Qui reste pondéré pareil à un vieux livre…
Parfois le vieux tressaille et hausse le sourcil
Qu’a-t’il donc pu lui dire, injure ou rigolade ?
Plus loin une ombre, sans même lever un cil,
Se presse et disparaît au coin d’une enfilade…
Sous l’abri d’un muret sautillent des oisons,
Je lève mon regard, grisâtre chevelure,
Le ciel semble coiffer la tête des maisons
Et couvrir le clocher d’une fine voilure…
Voici donc l’artimon, marin sonne l’appel,
Le grand large m’attend, compagnons de voyage
Ramez, souquez, priez le sublime archipel :
De mes rêves, commence ici le convoyage…
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