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Vaincu par l'orage...

Mercredi 10 août 2011 3 10 /08 /Août /2011 01:14

 À l’écart des quidams vivant sur la grand place,

Dans une cave obscure, empli de va-nu-pieds,  

Juste un bar enfumé tout au fond d’une impasse

Où jamais le soleil ne vient mettre les pieds…

On appelle ce lieu le trou du cul du monde,

La plaie et le couteau s’y donnent rendez-vous,

Bien trop de pauvretés l’atmosphère est immonde,

    Le peuple des bourgeois y voit des loups-garous…

Ici, en vérité, seuls des pauvres diables,

Dans un verre crasseux, s’alcoolisent le soir,

Abandonnent reclus, pour deux sous misérables,

Leurs chagrins quotidiens sur un coin du comptoir…

Usés par le travail, cibles de la lésine,

Laissés sur le carreau sans un remerciement,

Certains sont au chômage après vingt ans d’usine

Et tentent de survivre à leur licenciement…

Dans l’insane clarté d’une ampoule blafarde

Qui pendouille au plafond, tord-boyau frelaté

Donne un semblant d’espoir à cette foule hagarde

Dont l’ombre, lentement, expire en aparté…

Il arrive parfois que l’un d’entre eux malade,

S’écroule sur le sol les nuits de mauvais vin,

Le lendemain il part, sans même une accolade, 

Dans la fosse commune en marge du destin…

À la fois gueuse et belle en ce bouge minable,

Comme femme infidèle aux multiples amants,

Misère est amarrée autours de chaque table

Et rêve malgré tout à des princes charmants...

Par Philippe Lemoine - Publié dans : Vaincu par l'orage... - Communauté : Les mots dans tous leurs états
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Samedi 30 avril 2011 6 30 /04 /Avr /2011 02:46

 

1

 

Abandonnés de tous, le cœur ensanglanté,

Anonymes défunts à la maigre ossature,

Partout gisent des corps sans croix ni sépulture,

Dont seule la charogne aime la nudité…

 

Ni femmes, ni vieillards et encore moins d’hommes

Dans la force de l’âge et pas même d’enfants

N’ont trouvé de pitié dans les yeux triomphants

De ces bourreaux sans nom bâtisseurs de pogromes…

 

Et combien de martyrs en d’immondes fossés

Blanchissent de leurs os l’admirable nature,

De tyrans ont souillé la belle architecture

Ne laissant sur leurs pas que temples fracassés…

 

Nombreux des orphelins déambulent hagards,

A demi-moribonds subissent la famine

Et succombent soudain rongés par la vermine

Repliés sur le sol, méconnus des regards,

 

Squelettes rabougris comme de vieilles souches,

Dans la poussière sèche au hasard des chemins,

Ils agonisent seuls, misérables gamins,

Jusqu’à leur dernier souffle assaillis par les mouches…

 

Des cavités parfois, ressuscitent des ombres,

Contestant de la mort l’horrible et la stupeur

Et de leurs grands yeux noirs obscurcis par la peur,

Elles traquent la vie au milieu des décombres…

 

Par d’incultes césars, sans combattre vaincu,

Des causes du chagrin le prochain épisode,

Pauvres sont ceux prenant la route de l’exode,

Pour simplement survivre à l’horrible vécu…

 

Cohortes de damnés passant en file indienne,

Ils cherchent dans l’ailleurs un instant de répit,

Rien qu’une once de paix que le temps interdit,

Supportant de l’exil la douleur quotidienne…

 

Par la faim et la soif nullement épargnés,

N’éprouvant dans leurs cœurs nul espoir ni rancune,

D’une fausse lenteur, vers des camps d’infortune,

En d’arides déserts ils marchent résignés…

 

Harassés, lapidés par des revers extrêmes,

Ils trouvent dans la fuite un ultime levier,

Une miette de chance, un rameau d’olivier

Et puisent l’énergie au plus profond d’eux-mêmes…

 

Fantômes harassés se tenant par la main,

Il en est un qui tombe et puis un autre encore,

Leur nombre, lentement, pied à pied, s’édulcore…

Surmontant les périls d’un effort surhumain,

 

Ils sont là, par milliers, allongés sur les sables,

Recueillant du repos un trop maigre butin,

D’un lourd sommeil sans rêve, ils espèrent le matin ;

Hommes toujours vivants et pourtant périssables…

 

………

 

 

2

 

Victimes de la guerre ou de l’enfer sur terre,

Par l’humaine bêtise, immolés, suppliciés,

Sur l’autel du pouvoir, citoyens sacrifiés,

Violentés, frappés par l’hydre délétère,

 

Crèves la faim, migrants, réfugiés, vagabonds,

Fuyant la mort, la peur, l’ombre des cimetières,

 Pour les meilleurs raisons passeurs de frontières,

Pareils à des voleurs, à demi-moribonds,

 

Ils traversent le monde en quête d’un refuge

  Gardent l’espoir secret d’un possible oasis,

D’un pays de cocagne imaginés jadis,

Quand leurs pères déjà pleuraient face à l’immonde…

 

Certains ont tout donné pour ce rêve lointain,

D’autres moins fortunés sur des radeaux précaires

Ont bravé l’océan, ont connu maints calvaires

Et puis ont fait naufrage oubliés du destin…

 

Et lorsque l’un d’entre eux aborde l’autre rive,

Il devient l’étranger, celui qui sans papiers

Est désigné du doigt, qui face aux policiers,

Dans d’infâmes taudis se cache pour survivre…

 

…………

 

3

 

  Les poètes ont beau déclamer l’espérance

D’un jardin vertueux, croire en l’humanité,

Avec ardeur, exalter l’amour, l’égalité,

De leurs chants enfiévrés chanter la tolérance….

 

Depuis le premier jour, les temps n’ont pas changé,

La bête a fait son nid sous la belle parole,

Subsiste dans les cœurs rognés par la vérole

L’égoïste fléau ; la peur de l’étranger…

 

 Ô France, mon pays, terre des droits de l’homme,  

En violant l’esprit des textes fraternels,

Tu as souillé les mots inscrits sur tes autels,

Et corrompu, vendu ton idéal en somme…  

 

  Existe-il encore une terre d’accueil,

Quel que part dans le monde un lieu de référence

Où le migrant pourrait oublier sa souffrance,

Des hydres du passé faire et consommer le deuil…

 

Naguère prisonnier des chiens de la milice

Il a franchi les mers, gagné sa liberté,

Aujourd’hui clandestin, dans la précarité,

Il survit comme un rat traqué par la police…

 

Par Philippe Lemoine - Publié dans : Vaincu par l'orage... - Communauté : La voix du coeur
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Dimanche 27 mars 2011 7 27 /03 /Mars /2011 07:13

  Vespéral le jour tombe et s’effrite en lambeaux

Aux portes de la nuit, voici l’heure où les choses

Et les êtres, abstraits, flottent sous des manteaux

De brumes, c’est l’instant clair des anamorphoses

Où spectrales soudain reviennent les langueurs

Nostalgiques, l’ennui des âmes disparues…

Comme des farfadets, des fantômes fugueurs

Entrouvrent leurs tombeaux et glissent dans les rues,

Le cœur en catharsis, prémices du chagrin,

Sous un voile mouillé le paysage pleure

Le soleil disparu tandis que le marin,

Sans avoir pris la mer regagne sa demeure…     

Dans la clarté mourante, entre deux lunaisons,

Une feuille s’envole, un bruit de pas résonne,

Propage son écho sur les murs des maisons

Sibyllin et lugubre, au clocher le glas sonne…

Le village est désert, tout semble suspendu

Aux murmures du temps, au bon vouloir des astres,

L’homme baisse la tête et le regard perdu

Sent venir la tristesse immanente aux désastres…

 

Par Philippe Lemoine - Publié dans : Vaincu par l'orage... - Communauté : Inspirations poétiques
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Samedi 26 mars 2011 6 26 /03 /Mars /2011 02:10

Je suis l’homme qui boit pour oublier ses peurs,

Chaque jour c’est ainsi, je me mets lamentable,

La fête terminée, imprégné des vapeurs

Distillées par l’alcool quand sur un coin de table,

Une alcôve, un couloir ou bien un caniveau,

Je succombe ivre mort, nombreux me voient immonde,

Qu’importe si je ronfle avachi comme un veau

A demi moribond, Je n’entends plus le monde

Me désigner du doigt, glapir autour de moi…

Oubliant les clameurs hostiles de la ville,

Les soucis quotidiens, mes chagrins, mon émoi,

Inconscient, je dors et tout devient docile…

En vérité, j’avoue un peu de mon malheur,    

Dans un tonneau de vin, fidèle à l’habitude,

Animal éperdu, j’ai noyé ma douleur

D’être ce que je suis perclus de solitude !

Je consume la vie en un état second,

S’il en est parmi vous parfois que je désole

Essayer de comprendre, offrez-moi le pardon,

Que voulez-vous amis, l’ivresse me console !...

 

Par Philippe Lemoine - Publié dans : Vaincu par l'orage... - Communauté : Poetes Maudits
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Samedi 19 mars 2011 6 19 /03 /Mars /2011 03:53

L’horloge du salon égrène les secondes,

L’heure sonne le glas comme triste refrain,

Tout paraît se dissoudre ailleurs dans d’autres mondes,

Tic-tac, tic-tac, au loin s’arrête un dernier train…

 

Un bruissement de pas résonne dans ma tête,

Une femme me donne un obscur faire-part,

Brisé, le chef d’orchestre a posé sa baguette,

Anonyme, une voix annonce le départ….

 

Allongé sur ton lit, tu regardes le vide 

Et marmonne à voix basse une vieille chanson,

Dans tes yeux délavés plane une ombre livide,

Je ne sais pas quoi dire et j’en perds la raison…

 

Ephémères les mots appellent le silence

Et ta main se raidit sous mes doigts engourdis,

J’ai perdu ta chaleur, étrange somnolence,

Il me semble te voir sourire au paradis…

 

Déjà le jour s’achève, il est temps mon ami

De se dire au revoir, bouche et paupières closes.

Tu me donnes congé. L’âme et le cœur moroses,

Je referme la porte et te laisse endormi…

 

Par Philippe Lemoine - Publié dans : Vaincu par l'orage... - Communauté : Poèmes d'aujourd'hui
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