Dans la maigre clarté d’une ampoule blafarde
Qui pendouille au plafond, ô misère, ô chagrin,
Dans un mauvais sommeil, vois cette femme hagarde ;
La tête sur la table, elle cuve son vin…
C’est ainsi qu’elle oublie et la rue et le monde,
Le pain noir des forçats, tous ces hommes là-bas
Accoudés au comptoir, le vulgaire et l’immonde,
La mauvaise existence accrochée à ses pas…
Et lorsqu’un étranger, sans forme ni visage,
La jette sans façon sur un divan bancal,
Lui malaxe les seins, dégrafe son corsage,
La pénètre et l’outrage insensible et brutal ;
Passe, passe la vie émétique et cruelle,
Pour un verre d’alcool ou bien de quoi manger,
Elle a vu tant de corps se répandre sur elle
Et reçu tant de coups la mettant en danger,
Qu’inerte, les yeux clos, elle expire à voix basse,
Glisse, glisse le jour, tombe, tombe le soir,
Aux pourtours de la nuit demeure son ombre lasse,
Qui titube et survit sur le fil d’un rasoir…
Tristement, je vous dis l’épouvante ordinaire
Mais aussi, au-delà, la sensible beauté
De la l’humaine laideur et j’écris, visionnaire,
La bêtise et l’enfer de notre société…
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