21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 07:35

Tandis que l’ombre…

À l’heure où l’horizon, broyé par les ténèbres,
Se courbe de fatigue, échinant ses vertèbres,
Souveraine, la nuit aiguise ses couteaux ;
L’œil s’évade et se perd sur le flanc des coteaux.
Une mantille grise estompe toutes choses,
Les arbres, les rochers, marquetés d’ecchymoses,
S’altèrent doucement dans l’abysse profond
Où le jour, en lambeaux, s’écaille et se morfond.
Soudain le zodiaque ouvre son fascicule.
Face à l’éternité, je me sens minuscule,
Chancelant, suspendu au vouloir du destin ;
Il est dit que là-haut est inscrit mon chemin.
Monstrueuse beauté, source de solitude,
Alité sur le seuil de la vaste amplitude,
Tandis que l’ombre tombe, homme, seul, démuni,
Je regarde le ciel s’étendre à l’infini.
Sa vaste profondeur me comble de vertiges ;
Ô ! Combien d’astres morts ne sont plus que vestiges…

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 11:28

Soleil de mes nuits noires...

Il n’est point de lumière où l’ombre ne lui pas.
De prismes fragmentés, nimbés de reflets moires,
Taciturne clarté, soleil de mes nuits noires,
Tu hanteras les jours à chacun de mes pas…

Pétri par le métal rude d’un spleen profond,
Le mal vivre m’étreint et mon humeur est sombre.
J’ai beau avoir perdu la clef qui mène au nombre
D’or et tourner en rond sous un morne plafond,
Dans ma tête, une voix chantonne à cappella
Un couplet d’espérance et le temps se fragmente.
Dans la clarté jaunâtre où mon cœur se lamente,
Estampée, à toute heure, une présence est là…

Il n’est point de lumière où l’ombre ne lui pas.
De prismes fragmentés, nimbés de reflets moires,
Taciturne clarté, soleil de mes nuits noires,
Tu hanteras les jours à chacun de mes pas…

Tenace souvenir d’un amour sublimé,
Ondulante et mouvante, au creux du vague à l’âme,
Insoumise, demeure une petite flamme ;
Rien ne lasse jamais tout subsiste imprimé…
Et même, si lointaine, elle semble ignorer
Mes tendres sentiments, ma mémoire en est pleine.
Et même si je sais que toute attente est vaine,
Je ne peux m’empêcher, elle, de l’adorer…

Il n’est point de lumière où l’ombre ne lui pas.
De prismes fragmentés, nimbés de reflets moires,
Taciturne clarté, soleil de mes nuits noires,
Tu hanteras les jours à chacun de mes pas…

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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 11:27

Amante et sœur…

À l’heure où je divague entre rêve et mensonge
Et qu’il me plaît de croire à d’autres horizons,
De chagrins en regrets, mon cœur est une éponge
Où l’espérance distille un à un ses poisons…

Lorsque j’ai mal aux mains d’avoir toqué aux portes,
En vain et que j’entends le désamour tisser
Des flots d’indifférence. Aux pieds des amours mortes,
Désappointé, meurtri, je ne sais que penser…

Lorsque l’aube nouvelle est rude et non point tendre.
Alors que je suis seul si loin dans le grésil
Et que je dis des mots que nul ne veut comprendre
Je n’ai d’autres chemins que celui de l’exil…

Lorsque le mal de vivre emporte mes certitudes
Et que mes rêves brisés s’écaillent en lambeaux,
À la fois amante et sœur de mes solitudes,
Seule, la nuit complice allège mes fardeaux…

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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 02:55

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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 01:37

La lune, sur un fil, lentement se balance.

L’étoile vers le vide hésite et puis s’élance.

Froissements de bois morts sous des cieux éthérés,

La louve grise avance, avance à pas feutrés.

Un lièvre, nez au vent, dresse ses deux oreilles,

S’agite puis bondit sous des salsepareilles.

Une chouette hulule au cœur de la forêt.

Une biche, aux aguets, frémit dans un fourré.

D’arbre en arbre, le vent, glacé comme le marbre,

Aiguise sur les troncs le tranchant de son sabre.

Le fauve, à l’affût, guette, errant dans la pénombre,

Ces esprits fluctuants, crédules et sans nombre

Qui dérivent perdus dans un monde indistinct.

Pour durer le petit se fie à son instinct,

Il disparaît, se cache à la moindre menace

Mais perfide et cruel, le nuisible est tenace.

Dissimulé dans l’ombre il pose des appâts ;

La nature frisonne à chacun de ses pas.

Une longue rumeur agite le silence ;

Aux branches des feuillus glisse la pestilence.

En insufflant la haine au plus profond des cœurs,

C’est la mort qui s’invite au banquet des vainqueurs ;

D’un battement de cil, brusquement, le monde hurle ;

Lueur incandescente, au loin, la ville brûle…

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Published by Philippe Lemoine - dans Vaincu par l'orage...
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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 01:04

Les rimes s’amoncellent…

 

Suspendus sur l’aplat calme et profond du ciel,

Comme de grands vaisseaux étendus au soleil,

Des œufs battus en neige, en cascade, moutonnent.

    De les suivre des yeux, les spectateurs s’étonnent :

De quelle île lointaine émergent ces bateaux,

Où vont-ils s’échouer en suivant les oiseaux ?

Ligne de fuite, au loin, la Méditerranée

Épouse l’horizon. La voûte safranée,

Les ailes déployées, entrouvre l’infini. 

Des nuances de bleus, sur l’espace assaini,

Sillonnent la distance. À mi-voix, des sirènes

Enjôlent les marins. Souffles doux, des phalènes

Voltigent dans l’éther. Sur le sable moiré,

Sous un grand parasol, l’orpailleur, inspiré,

Pose l’immensité au centre de sa toile.

Le poète, quant à lui, aux couleurs s’entoile

Et compose une aubade à l’artiste éclairé. 

Sous sa plume rêveuse, au rythme mesuré

Des vagues, sur la mer, les rimes s’amoncellent ; 

Cristaux de sel, les mots, dans l’azur, étincellent…  

 

Imagine Gruissan…

 

Aux solstices d’hiver, lors des grandes marées

Et des jours de tempête obstruant l’horizon,

Éventail coloré, coiffures amarrées

Aux murs de chaux blanchis par la belle saison,

Sous l’œil compréhensif de la tour Barberousse,

Affable et vieille Dame aux airs de chaperon,

Au carrefour des vents, lorsque la lune est rousse,

Comme des chats frileux, les toits font le dos rond…

Je parle d’un pays où la mer et la treille

Enclosent les étangs, refuges des oiseaux.

Je parle d’un pays dont le cœur s’émerveille,

Où le sel étincelle aux pourtours des coteaux…

Je parle d’un pays où l’agate du ciel

Épouse sans frémir la Méditerranée.

Où le temps, alangui, couché sous le soleil,

S’écoule en pente douce, offrant sa destinée… 

Je parle d’un joyau serti par la garrigue,

D’un écrin préservé, véritable oasis,

Parfumé de lavande et d’arômes de figue,

Dont le seul nom évoque un coin de paradis.

Village millénaire empli d’apothéoses,

Quand l’Orient, à l’aube affûte son pinceau ;

Imagine Gruissan, nimbé de tuiles roses,

Posé sur la lagune, entre le ciel et l’eau…

 

Rêves de sable fin…

 

Sortant de l’hivernage, à la prime clarté,

La mer pour horizon, vœux de réjouissances,

Ils s’activent pressés, de partir en vacances.

Rêves de sable fin, besoin de vacuité,

Armés de parasols, de serviettes de bain,

Par la route ou le rail, envahissant les gares,

Courant après le temps, des cohortes barbares

Dévalent vers le Sud, la valise à la main…

Tout le long des chemins, groupes éparpillés,

Sous le bleu complaisant de la voûte indulgente,

Défilant dans l’urgence, ils prennent la tangente

Et comblent la distance, à peine émerveillés…

Moineaux exubérants, piaillant à satiété,

Assoiffés de soleil, seulement de passage,

Transhumant et migrant dans les rues du village,

Demain, ils seront là, l’espace d’un été…

 

Le pêcheur, reprisant ses chaluts sur l’étang,

Regarde, indifférent, l’espace se distordre,

Cette troupe arriver, s’installer en désordre,

Puis s’en va remonter ses filets au palan…

 

Bohémien…

 

Baluchon sur le dos, pinceaux en bandoulière,

Enluminant le ciel d’un sourire ingénu,

Au mois de mai, soudain, un artiste est venu,

Déposer ses couleurs sur l’aube printanière…

 

Visitant le village en quête d’aventures,

Il s’installe, s’étale et se croit tout permis.

Saltimbanque et rieur, que voulez-vous, amis,

Cet être envahissant ignore les clôtures…

 

Sur le bord de l’étang, croisant la belle rousse,

Dès le premier regard, il se sent amoureux.

On l’entend de partout, l’âme et le cœur heureux,

Manifester sa flamme à Dame Barberousse…

 

Le temps d’une saison, manouche de passage,

Dans les rues de Gruissan, sans complexe, chapeau   

De paille sur le front, dressant son chapiteau,

L’été en pente douce a posé son bagage…

 

Sur la sylve sableuse…

 

Le peintre, ce matin, palette en bandoulière,

Le long de Gruissan fait l’école buissonnière ;

À pas lents, il musarde entre le ciel et l’eau.

Sur la sylve sableuse, il pose son tréteau,

Dresse son chevalet, crayonne les rivages.

Sur sa toile vestale éclosent des images.

Le beffroi du village épouse l’horizon.

Sur ses flancs, murs chaulés, il est une maison

Qui regarde l’étang s’enluminer d’opale.

Chênes et pins d’Alep l’ornent comme un sépale.

Plus loin, la grève étend son diadème ocré

De sable. L’infini fluctuant, éthéré,

Projette ses lys blancs, éclabousse d’écume

Digues et parapets fondés sur la lagune.

Soudain, l’œil de l’artiste observe en espalier,

Ouvert aux vents marins, un endroit singulier,

Draps de plage aux balcons, un lieu de transhumances

Où flâne, nonchalant, le soleil en vacances.

Coiffes zinguées, piliers chaussés de bois, perchés,

Échassiers sibyllins sur la rive nichés,

Chalets sur pilotis sans grilles ni clôtures ;

Partout le bleu du large érige ses mâtures…

 

Entre deux âges…

 

Lorsque l’orage, au loin, exile ses nuages,

Quand cesse la bourrasque et que vient le répit,

Quand la terre apaisée avance au ralenti,

Quand le monde reprend son souffle entre deux âges,

Une écharpe d’Iris, d’un coup de balayette,

Époussette l’éther de ses miasmes glaireux.

Sur le balcon du ciel, le soleil, amoureux

De la tour sentinelle, étale sa serviette

De plage. Chatoyants, sous les doigts du cacique,

Les rues et les trottoirs du village, mouillés,

S’irisent, chamarrés d’oxydes enrouillés,

De maints reflets bleutés, de nacre mirifique…

Errance de l’artiste aux limites du sable,

L’ocre, le bleu, le vert chantent à l’unisson.

L’hélianthe embellit sa palette, à foison ;

Son rêve trouve corps dans la lumière instable… 

 

Songe bleu…

 

C’est la belle saison, celle des transhumances,

J’arpente les couleurs d’Hélios en vacances.

 Il fait chaud, songe bleu, trente-sept deux sur la

Plage au matin. Assis sous une pergola,

Fruits de mer et vin blanc, hospitalier l’artiste

Invite au cinéma. Gruissan, en concertiste,

Fredonne à capella le tube de l’été.

Fleurs de sel, sable fin, sous un dôme bleuté,

Posé sur la lagune, image du grand livre,

Un coin de paradis où la douceur du vivre,

Sur les pas chatoyants de l’astre tournesol,

Installe ses quartiers sous un grand parasol.

Cabanes de pêcheurs échouées sur la grève,

Entre le ciel et l’eau, commence ici le rêve ;

Comme roue ondoyante, épandu dans l’éther,

Le soleil éclabousse et la terre et la mer… 

 

Pavés bleus…

 

Résurgences de sable épandues dans l’éther,

Entiché d’une tour, cerf-volant funambule

Au liseré du ciel, sur l’écume de mer,

Ses pinceaux à la main, le peintre déambule.

Aux pourtours du village, il muse, voltigeur,

Essaime ses  couleurs au gré du paysage.

Tout lui parle, l’inspire et le laisse songeur.

Comme pris de vertige, adossé au rivage,

Orpailleur, il crayonne, entourés de galets,

Aux limites des eaux, dispersés en terrasses,

De pierres et de bois, d’insolites chalets

Aux balcons colorés, rehaussés, sur échasses.

En congé, le soleil rêve d’intimité.

Sur la toile apparaît, griffonnée, une image ;

Chaises longues, maillots et serviettes d’été,

Ce soir, Trente-sept deux, pavés bleus sous la plage…

 

Une île…

 

Coquillage calcaire, ineffable joyau

Enroulé sur lui-même entre la terre et l’eau,

Aux croisements des vents, des brises occitanes

Et des souffles du large en robe de gitanes,

Comme un galet nacré dans un écrin de sel,

Prodige étincelant sous l’astre universel,

Une île hospitalière aux abords des salines,

Des étangs, de la mer et ses vagues félines,

Escale des marins, refuge des pêcheurs

Où convolent, voisins, des parfums aguicheurs

De garrigue et de vigne, où, longeant les ruelles,

Éole fait la fête à l’ombre des venelles.

Sous l’immensité bleue, un coin de paradis,

Alanguie au soleil, paisible, une oasis

Où le temps, à l’abri de la Tour Barberousse,

À chaque instant du jour s’écoule en pente douce…

Rues étroites, maisons et balcons colorés,

Légende maritime aux contours éthérés,

Un village, Gruissan, aux pays des félibres,

Où sans faire de bruit, les oiseaux naissent libres…

 

Ourlé de crinolines…

 

Dès l’éveil au matin, face au ciel améthyste,

Le nez à la fenêtre, émerveillé, l’artiste

Regarde le village à ses pieds. Murs ocrés,

Toits roses, volets bleus, entoilages moirés.

Aux bornages du sable ourlé de crinolines,

Dans les rues, sur le port, de la plage aux salines,

Il musarde, lambine, affûte ses couteaux,

Ses couleurs sur la rive où dorment les bateaux.

Fleurs de sel, sels de bain emperlés de saphirs,

Et cristaux de Bohême, effleures et soupirs

Scintillent, chatoyants, sur des ruisseaux de terre ;

Le peintre sur sa toile érige un magistère.

Sur les aplats du ciel, sa peinture s’épand.

Dans sa tête, il entend, clapotis sur l’étang,

Fredonnant à mi-voix des chansons occitanes,

Les servantes d’Éole enjôler les tartanes…

 

Aux pourtours de l’Ayrolle…

 

Aux confins de la Clape, allusif, magnifique,

Sur le seuil de Gruissan, village de pêcheurs,

Aux pourtours de l’Ayrolle, il est un lieu magique,

Une oasis sauvage aux multiples splendeurs

Où l’on pourrait se croire à l’autre bout du monde.

Chaque fois que j’y viens simplement promener,

Par le rêve emporté, mon esprit vagabonde

Et mon regard frissonne, apaisé, sublimé…

Un rayon de soleil dans l’hiver monotone,

Les arbres et les fleurs, la cigale en été,

L’hirondelle au printemps et la vigne en automne,

Toutes choses ici chuchotent sa beauté…

Le ciel, au crépuscule, étend ses grandes ailes,

Le cobalt et le marbre enclosent l’horizon

Et couronnent de sang les neiges éternelles

Qui scintillent au loin sous les dards du tison…

Bruissements sibyllins, froissements de soutanes,

Toutes voiles dehors aux limites des eaux,

Caressées par la mer et ses vagues gitanes

En habits de bohème, aux contours des roseaux,

Sous le souffle exalté des brises occitanes,

Souples comme des arcs ou de frêles rameaux,

Sur les bords de l’étang, d’ancestrales tartanes

Dansent la sarabande au pays des oiseaux…

 

Coloré, débonnaire…

 

En dentelles de chaux, simples et envoûtantes,   

Au carrefour des vents, vieilles dames pimpantes

Et bavardes sous l’œil fervent d’un troubadour

Qui, d’un éclat de rire enlumine le jour,

Du climat recevant les faveurs insulaires,

Lacis bariolé de pierres séculaires,

Tuiles roses, volets bleus, murs ocre, blanchis

Par le sel, le soleil, demeures de torchis

Hétéroclites mais intimement collées,

Maisons paisibles, l’une à l’autre, chevillées…

         De venelle en faubourg, immuable oasis,         

À la marge du monde où naguère et jadis

Perpétuent à jamais la vie en pente douce

Et enfantent l’instant, le présent sans secousse...

Sous la voûte améthyste aux reflets outremer,

Niché dans la garrigue en bordure de mer,

Parfumé de lavande, accueillant centenaire, 

Un village du Sud, coloré, débonnaire,

Portes ouvertes, offre, à qui veut s’attarder,

Ses rues ombrées où il fait bon vivre et flâner…

 

Emperlé de citrines…

 

Midi sonne au clocher du village assoupi.

C’est l’heure où tout chemine, avance au ralenti.

L’heure où l’astre vainqueur émorfile sa vouge ;

Sous les toits des maisons, pas une ombre ne bouge.

Au zénith, le soleil brûle comme un saphir.

Long rivage embrasé, bercé par le zéphyr,

Funambule, le ciel dérive en équilibre.

L’éther, comme habité, tremble, palpite, vibre.

Va-et-vient incessant sur le trait d’horizon,

Il semble, spiralé tel un colimaçon.

Entoilage moiré, l’atmosphère grésille.

Au liseré de l’eau, la lumière brasille.

Sur la lande de terre ardente de chaleur,

Le peintre sur sa toile étale une couleur ;

Or bleu en fusion, étincelles marines,

L’indigo papillonne emperlé de citrines…

 

Allusive et bavarde…

 

Pigmentées de cristal, arc-en ciel rutilant,

Les couleurs, de l’été, sous un dôme éclatant, 

En prismes éclatés, comme traits d’arbalète

Safranés de soleil, giclent de la palette

Du peintre. L’inventeur compose à satiété,

Allusive et bavarde, une ode à la gaieté.

L’horizon pour aplats, célébrant la nature,

Flots ininterrompus, en bouquets, sa peinture

Éclabousse la toile. Émeraudes, grenats,

Citrines, diamants, spinelles incarnats,

Fluorites, Rubis, zircons, pierres de lune,

Tourmalines, saphirs et topazes Neptune,

Sous ses doigts, ses pinceaux, s’irradient en échos.

Sortilège des sens, ondées de calicots,

Enchâssées de vermeil, gerbes prodigieuses,

En fusion il pleut des pierres précieuses… 

 

Ce matin…

 

Au marché, ce matin, la lumière émouchette

Les consoles de fruits. Juteuses, les couleurs

Inondent la tomate et la pêche. En cachette,

Sous un pin parasol, des goélands voleurs     

Picorent des paniers de brugnons. Les agrumes

Exhalent, éclatants, des parfums citronnés.    

Pêle-mêle, épandus, salades et légumes,

Sous les rais du soleil, s’irisent, safranés 

De vermeil. En bouquets, des gerbes chatoyantes

Éclaboussent la place. Orchidées et rosiers,

Myriades de fleurs brasillent flamboyantes.

Suspendus dans l’éther, tels des artificiers,

Des oiseaux rouges, blancs, verts, jaunes, bleus, topaze…,

Sous l’œil compatissant du céleste tison,  

Ailes volantes et sternes, flottant en phase,

Éveillent l’amplitude et le trait d’horizon… 

 

Joyeux déballage…

 

Ce matin, le soleil toque à tous les étages.

Colporteur, à chacun, il cède ses crayons

De couleurs. Pour le peintre, en joyeux babillages,

Il déballe, à foison, des rouges vermillon,

Des jaunes citronnés, des robes violettes,

Des écharpes de bleus, des bouquets lumineux,

Des arcs-en-ciel de verts, généreux, des palettes

De vieux métaux rouillés, d’ébènes ombrageux, 

D’ivoires lactescents, de bosquets d’asphodèles,

De gerbes de safran, de branches de corail,

De chapeaux de paille et de guirlandes de perles…

L’artiste, en connaisseur, estime l’éventail,

Soupèse les pigments en contemplant l’étoile.

Comme pris de vertige, il saisit ses pinceaux,

   D’une inspiration, enlumine sa toile     

Et Gruissan se dévoile, assise entre deux eaux…

 

Crépuscule…

 

Un résidu de vent, d’une frêle ridule,

Tandis que l’horizon agonise et gémit,

Sillonne les salins, la salicorne ondule ;

Féminine, en cadence, elle danse et frémit…

 

Un bosquet de roseaux, comme atteint de vertige,

Baladin de l’étang par le charme emporté,

À l’effluve céleste harmonise sa tige ;

D’une valse indolente il se grise, envoûté...

 

Paraissant immobile, un esquif minuscule

Se déhanche assoupi sur le miroir de l’eau,

Voici l’heure promise où le soleil bascule,

Emportant avec lui ses dards et son flambeau…

 

Nimbé de sang et d’or tombe le crépuscule.

Une escadre d’oiseaux s’élance sur la mer.

Cristalline, la lune ouvre son fascicule

Et des rumeurs du jour apprivoise l’amer…

 

Une aigrette androgyne effleure la surface

Onduleuse du flot dont le voile pastel,

D’un pas lent, langoureux s’enténèbre et s’efface ;

Sur un drap noir, la nuit installe son autel…

 

Silhouette effilée, un héron déambule

Sur un turban de terre ensemencé de sel.

Le cœur émerveillé, je rêve, somnambule,

Et perçois de la paix le souffle universel…

 

Comme des mots d’amour…

 

L’amour a ses chemins que la raison ignore.

Chevalet sur le dos, le peintre, dès l’aurore,

Déambule aux pourtours du village. Amoureux,

Palette en bandoulière et le cœur langoureux,

Il va conter fleurette à cette belle rousse

Qui réside l’été dans la tour Barberousse.

Sous sa fenêtre assis, les yeux plein de soleil,

Baladin des couleurs, il peint des arcs-en-ciel.

Effleures de peinture au centre de sa toile,

 Sous un ciel éthéré, son rêve se dévoile.

Le bleu, le vert et l’ocre au bout de son pinceau,

Comme des mots d’amour, se reflètent sur l’eau. 

Sous le souffle enjôleur d’une brise occitane,

Silhouette ondoyante, en robe de gitane,

Épaules dénudées et cheveux libérés,

Elle danse pour lui sur les sables moirés…

 

Carte postale…

 

Dans le creux d’un vallon, sous un ciel éthéré,

Tuiles roses, émerge un modeste village.

Nulle route ne mène à ce lieu retiré

Où semblent sommeiller des maisons d’un autre âge.

La vigne, en espalier, affleure le hameau.

Parmi les pins d’Alep, carte postale, image,

Une église, un clocher, sans grille ni poteau,

Surgissent, en osmose avec le paysage.

Sternes et goélands, quand souffle le marin,

Viennent se reposer aux abords des venelles.

Fleurs de sauge, de thym, de menthe et romarin,

Ici, tout est paisible. À l’ombre des tonnelles,

La vie en pente douce a la douceur du miel.

 Au hasard des chemins, myrtes, olives, figues,

Amandes et raisins mûrissent au soleil.

Orchidées, arbousiers colorent les garrigues.

Nichée entre deux seins généreux, verdoyants,

Ligne de fuite, au loin, la Méditerranée 

En vagues et reflets fluctuants, ondoyants,

Clôture l’horizon de la voûte inclinée…

 

Consonnes et voyelles…

 

Écumes sous la plume, enlacée aux rivages,

La couleur s’échevelle en pelure d’éther,

Les vers du troubadour sont des oiseaux de mer

Qui caressent, parfois, l’âme des paysages.

Aux liserés de l’eau les quatrains s’amoncellent.

Leurs échos, en cascade, infusent le soleil.

Dans les rues du village, entoilage vermeil,

Rimes, consonnes et voyelles, étincellent…

Sables blonds déversés d’éclatantes amphores,

L’un à l’autre entoilés, grain par grain, étalés,

Quartz métamorphosés, mot à mot ciselés,

Lyrique symphonie, images, métaphores ;

La lyre du poète ensorcelle le peintre.

Enjôlé par son chant, lorsqu’il ferme les yeux,

Il voit des arcs-en-ciel s’étaler sous les cieux,

Des nuées de tableaux, qu’il aurait voulu peindre…

 

À pas d’oiseaux…

 

Silhouette effilée, ambulant à fleur d’eaux,

Un flamand, à pas lents, flâne sur des ruisseaux

Siliceux. En sautoirs, occulte anamorphose,

Loin du bruit, sur l’étang, nimbées de nacre rose, 

Des écharpes de sel scintillent au soleil

Et comme feux-follets, safranées de vermeil,

Batifolent en chœur le long de la gâtine.

Gourmet, l’enlumineur, à pas d’oiseaux, butine

Nuances et reflets, du bout de ses pinceaux,

Des perles de couleurs, d’opalescents cristaux

Qu’il, comme un magicien, étoile sur sa toile.

Funambule, le ciel, à la terre, s’entoile

Et le trait d’horizon, saturé de pralins  

Luminescents, s’étale aux pourtours des salins ;

Prolixe métaphore, euphonique, isochore,

L’immensité se pose et le temps s’évapore…   

 

Aux liserés des plages...

 

Du massif de la Clape, ombres étincelantes,

 Escortés de genêts aux fleurs éblouissantes,

Chênes verts et cyprès, lupins arborescents,

Robiniers, pins d’Alep et arbres pubescents

Dévalent doucement les pentes verdoyantes

Et viennent s’échouer sur des eaux flamboyantes.

Sous les vastes plafonds du dôme universel,

La mer et les étangs, éclaboussés de sel,

Entrelacent leurs doigts sur des landes de sable.

La lumière, aux salins, bavarde, intarissable.

Tandis que l’indigo vermillonne à foison,

Le rose et l’incarnat moutonnent l’horizon.

Éraflures de nacre et mues de coquillages

Étincellent sur l’onde aux liserés des plages…

 

Il fait chaud, il fait beau…

 

Au moment de la sieste, oublier le travail,

Sur le canapé, doigts de pieds en éventail,

Le temps d’une saison, une fois dans l’année,

Sans le moindre remords, nonchalance assumée.

Le matin, au marché des étals colorés,

De tomates, de fruits, de tissus chamarrés.

Jeux et rires d’enfants sur des châteaux de sable,

Des amis réunis tout autour d’une table,

Coquilles d’huîtres et vin rosé mis au frais,

Sans complexe le Sud exhibe ses attraits.

Cerfs-volants dans l’azur, corps bronzés, dilettantes,

Sur la peau, sur le nez, des crèmes hydratantes,

Sous les rais du soleil, parfum d’éternité,  

Les chalets fleurent bon les couleurs de l’été…

Draps de bain bigarrés aux balcons du village,

Travestis ou bien nus, c’est le grand déballage.

Au camping, sous les pins, flotte un air estival,

 Dans les rues, sur le port, étonnant carnaval,

Canicule assurée et soirées excitantes.

Au dancing, c’est l’instant des amours exaltantes. 

  Étincelles de joie, au liseré de l’eau,

La fête bat son plein, il fait chaud, il fait beau.

 Parasols déployés tout le long du rivage,

 Ce soir, Trente-sept deux, cinéma sur la plage… 

 

À chacun son rivage…

 

D’un côté le village et de l’autre la plage,

Par ici une église et là-bas des chalets,

Lagune et puis marais, sables ou bien galets,

Des étangs à la mer, à chacun son rivage.

Mais partout le soleil, gai luron, se balade 

Et visite Gruissan. Paëlla, tequila,

La fête, sur le port, bat son plein. La smala,

Vacanciers, estivants aux pourtours de la rade

Transhument en troupeaux joyeux, de place en place.

Aux terrasses, le vin humecte les gosiers.

Sur le marché, les fruits colorent les paniers

Et toujours, l’indigo, sur les eaux, se délasse.

Des sternes, sur les quais, poussent leurs vocalises.

 Les couleurs de l’été chantent au diapason ;

 Sous de grands parasols, le temps d’une saison,

Draps et maillots de bain ont posé leurs valises…

 

Le vent, partout, le vent…

 

Symphonies de couleurs, orchestrées par les harpes

Célestes, sur l’aplat azuré, des écharpes

Bigarrées, prestement, voltigent de concert.

Le peintre, à sa fenêtre, envoûté mais disert,

Les regarde s’épandre et commente en esthète

Leur façon de voler au-dessus de sa tête.

Comme les alezans se cabrent sous les mors,

Crinières déployées, improbables condors,

Elles s’élancent, nez au vent, dans l’amplitude

Et, au gré des courants, prennent de l’altitude.

Le clocher, les maisons, les arbres, les bateaux,

Les étangs effleurant la ligne des coteaux,

Vu de haut, tout paraît autrement, minuscule ;

Vive, la liberté ouvre son fascicule.

Entre la terre et l’eau de les voir tournoyer,

Toupiller, folâtrer, graviter, louvoyer

Sous le grand chapiteau, les passants s’émerveillent.

Dans les yeux des enfants mille rêves s’éveillent.

Lestes vibrations sous les rais du soleil ;

Le vent, partout le vent, fait frissonner le ciel.

Sur l’écume marine et le long du rivage,

Sur le port, les chalets, des salins au village,

Voilages colorés estampés de pochoirs ;   

L’immensité bleutée agite ses mouchoirs…

 

Drapeau Bleu…

 

Souffle du large, espiègle, une brise occitane

Dodeline le mât d’une vieille tartane.

Sur le port, les voiliers, cajolés par le vent,

Rêvent de voguer vers les îles du Levant.

Sentinelle amarrée en bout de quai, le phare

Regarde voltiger les disciples d’Icare.

Comme terrain de jeux la profondeur du ciel,

De grands oiseaux de soie, assoiffés de soleil,

Ivres de liberté, flottent dans l’amplitude.

 Au hasard des courants prenant de l’altitude,

Élytres déployées en écharpes d’iris, 

D’étranges goélands habillés de saris

Fluctuants, colorés, survolent le village ;

À Gruissan, c’est l’été : drapeau bleu sur la plage…

 

Drapeau rouge…

 

Sous le souffle d’autan, les lignes se morcellent.

Entoilages posés sur du papier vélin,

Colorées, dans le ciel, des ailes s’amoncellent.

Sur des rubans de terre, aux pourtours du salin,

À fleur d’eau, grains de sel et de miel étincellent.

Sur la rade, drapeau rouge, allègre, la mer

Agite sa crinière et ses flots s’écartèlent.

Les sables, cendres d’ors, toupillent dans l’éther.

Bousculés, bâtonnés, les parasols chancellent. 

Sous les coups de butoirs s’envolent les auvents.

Le long des parapets, les vagues s’échevellent ;

Éole fait la fête et se grise de vents.  

Des sibylles, au large, exaltées, ensorcellent

Les voiles des bateaux. Les pêcheurs, résignés, 

Relèvent leurs filets. Les alizés harcèlent

Trapèzes et haubans, sur le port, alignés. 

Chenapans, des zéphyrs, dans les rues du village, 

Taquinent les jupons. Le peintre, assis sur l’eau,

Projette, exacerbé, ses couleurs sur la plage 

Et le monde palpite au bout de son pinceau…

 

Concerto d’été…

 

Tourbillons bleus, l’éther valse sous les baguettes

D’Éole. Pianos, guitares, violons,

Cornemuses, banjos, flûtes, accordéons,

Trompettes, tambourins, Timbales, clarinettes…,

Vibrent dans tous les sens ; les zéphyrs font la fête.

Le peintre tend son arc, des flèches de couleurs

Toupillent dans le ciel. Des luths ensorceleurs

 Jouent avec les haubans. Charmeuse silhouette,

Une ondine s’enlace aux cordes d’une lyre.

Le long des parapets, voiles, auvents, drapeaux

Chantent en faux-bourdon. Comme pris de délire,

Des nuées d’angelots entonnent aux pipeaux

Une fugue de Bach. L’artiste, sur sa toile, 

Compose un concerto baroque. Avec ferveur,

Pigmenté, projeté, le rivage s’étoile ;

De grands oiseaux de mer enchantent le rêveur.

Froissements, bruissements d’ailes, un saxophone

L’emporte vers l’ailleurs. Ébloui, transporté,

Le cœur illuminé, le poète est aphone ;

Sa page reste blanche. Il écoute chanter

L’espace illimité. Lumineuse, lyrique,

Ode à la liberté, travaillée aux couteaux

Dans les règles de l’art, image mirifique :

La peinture s’encorde aux tulles des bateaux…

 

À fleur de vent…

 

Humaine, à fleur de vent, une voile dérive…

Le peintre, ce matin, furète dans l’éther.

Effleurant de ses doigts l’inaccessible rive, 

Il cueille des pigments safranés sur la mer

Qu’il étale, en bouquet, au centre de sa toile.

Baladin funambule aux croisements des eaux,

Il enlumine d’or les branches d’une étoile.

Prolixe, la peinture enchante ses pinceaux.

Céleste symphonie aux liserés des plages,

Les couleurs prennent place entre lignes et traits.

Venus des profondeurs, bavards, des coquillages

Chuchotent, un à un, d’ineffables attraits.

Sur l’aplat onduleux, l’infini déambule.

Nuances et reflets scintillent au soleil.

Dans le cœur de l’artiste une sirène ondule ;

La lumière éclabousse et la terre et le ciel…

 

Aux quatre vents…

 

Chevelure flottante aux quatre vents, lutine,

La damoiselle rousse, allègrement, butine

Le cœur d’un troubadour. L’aède émerveillé,

Comme galant transi, déclame, agenouillé,

Ses plus beaux vers aux pieds de son exquise étoile.

Le peintre, quant à lui, dépose sur sa toile,

Chamarrés, bigarrés, cotillons de couleurs,

Fluctuants dans l’azur, des pétales de fleurs.

Silhouette immuable échouée au rivage,

Sous le charme la belle entrouvre son corsage.

Tatoué sur son sein, un soleil flamboyant

Étend ses ailes d’or. Dans le ciel ondoyant

Flottent, de-ci de-là, des oiseaux de textiles.

L’horizon est peuplé de chamarres subtiles

Qui viennent adoucir les fièvres de l’été.

Le barde, les yeux clos, rêve d’éternité.

Les cerbères du temple insufflent aux artistes

Des odes à l’amour. Des roseaux concertistes

Entonnent à mi-voix la chanson des salins.

Sur la flûte d’Éole, elfes et séraphins,

Lucioles de sel dansent sur la palette

De l’orfèvre, inspirant les rimes du poète…

 

De-ci, de-là, partout…

 

Sur l’aplat indigo, danseuses, girouettes,

Toupillent sous les doigts du Cers malicieux.

Sissonnes, grands jetés, sauts de chat, pirouettes,

Arabesques, piqués fourmillent sous les cieux.

 

Spirales, tourbillons et volutes de plumes,

Flamboient, échevelés. Esthète électrisé,

Le peintre, en chorégraphe, harmonise volumes,

Formes et mouvements de ce bal insensé. 

 

Au bout de ses pinceaux, des  arcs-en-ciel transhument.

Diserts, sur sa palette, ailes en chapelet,

Multitudes d’oiseaux, sur sa toile, s’alunent

Avec élégance et composent un ballet.

 

Inspiré, transcendé, l’artiste anamorphose

                      L’amplitude. L’air vibre, ondule, endiablé.                  

Un élytre s’élance, un autre, virtuose,

Tourbillonne léger comme un épi de blé. 

 

Les musiciens du vent accordent leurs guitares.

Tandis que le soleil allume son néon,

 Des accords enfiévrés ruissellent en fanfares ;  

L’éther se dilate et joue du bandonéon.

 

Sur l’océan céleste, improbables tartanes,

Des voiles bigarrées, de-ci, de-là, partout,

Cheveux offerts au cers, ainsi que des gitanes,

Dansent un flamenco sans mât ni garde-fou…

 

De grandes voiles…

 

Éclairant les chemins tout le long du rivage,

Teinté de sable fin des chalets au village,

Mémoire en devenir aux couleurs de l’été,

Enluminant la vie avec assiduité, 

Essentiel, absolu besoin d’anamorphoses,

Nourriture de l’âme inscrite en toutes choses,

Fantasme ondulatoire, instantanés volés,

Saisis, captés au vol, regards renouvelés, 

Source d’émotions, estampé de peut-être,

Fragrances émanant des profondeurs de l’être,

Abreuvé de soleil, épris d’immensité, 

Polychrome, joyeux, ivre de liberté,

Le rêve trouve corps, langages et visages 

Sous les pinceaux du peintre, ambulant sur les plages.

 

Sous l’infini du ciel, sur le bleu de la mer,

Lyriques papillons suspendus dans l’éther,

Saupoudrées de lumière, étalées sur ses toiles,

En tous lieux et partout flottent de grandes voiles…

 

Sur du papier vélin…

 

Sur du papier vélin, de-ci de-là, lutine,

Subtile, fil à fil, la lumière butine,

À fleur de terre et d’eau, l’ocre, le bleu, le vert… ;

Sous ses doigts, les couleurs moutonnent de concert.

Effleures de pinceaux au gré des paysages,

Des gouttes de peinture emperlent les rivages.

Le long des parapets sur des rinceaux ocrés, 

Des cabines de bain et des draps bigarrés

Étalent, mouchetés, leurs carrés sur les plages.

Aux liserés de l’eau, poudrés de coquillages,

Le sable est parsemé de corps huilés, lascifs.

Assoiffés de soleil, vacanciers et natifs

Laissent couler le temps au rythme lent de l’onde ;

Voiles blanches, au loin, un voilier vagabonde.

Étincelles de sel, maints reflets outremer,

Poussés par le ressac ondulent sur la mer.

Élytre coloré, entoilage céleste,

Grand papillon d’été, audacieux et leste,

Porté par un zéphyr, enluminé de miel,

     Un cerf-volant dérive aux limites du ciel…

 

Les tambourins du Cers…

 

Une cithare s’ancre aux lusins des bateaux.

L’albe et le vent marin jouent de la mandoline.

Les tambourins du Cers dévalent les coteaux.

Sur l’écume de mer, un hunier dodeline…

 

Corsages dégrafés, par leurs souffles, bluffés,

Tous les enfants d’Éole ont pris leurs clarinettes.

Perchés sur de hauts mâts, des drapeaux décoiffés

S’essaient, en désordre, à jouer des castagnettes…

 

 Chenapans effrontés, plus taquins que féroces,

Sans remords ni regret, échinant les passants 

Tout le long des trottoirs, des aquilons véloces

Font de la mobylette, en tous lieux, bondissants…     

 

Frivoles, des zéphyrs houspillent, de concert,

Auvents et parasols qui capotent, stupides.  

Un voilier mis en cale, endigué mais disert,

Dispense ses conseils aux voiles intrépides…

 

Dans les rues, sur le port, forains et bateleurs

Aux estivants naïfs content des ritournelles.

Assis aux quatre vents, rieurs, des oiseleurs

Épandent dans le ciel d’étranges hirondelles…

 

Narguant les éléments, voilures dévoyées,

En toute liberté, côtoyant le soleil,

Des oiseaux colorés, les ailes déployées,

L’espace d’un été, colonisent le ciel…

 

Discontinus...

 

De l’église aux chalets, sur tous les édifices,

Intenses, les couleurs, comme feux d’artifices,

Crépitent ; c’est l’été ! Coquillages, Galets

S’irisent satinés. Des voiles feux-follets,

S’égaient dans tous les sens. Sur les plages moirées,

Des serviettes de bain s’étalent bigarrées.

Spirales de chaleur, elfes et papillons

 Grésillent dans l’éther. Comme des cotillons, 

Des paillettes de sel scintillent sur les sables.

À fleur d’eau, des oiseaux d’écume, insaisissables,

Opalisent le ciel. Serti d’or et de vert.

Sinueux, torsadé, l’indigo, sur la mer,

Moutonne. Déroulant sa crinière au rivage,

Limpide, l’infini délace son corsage. 

Mascarets aux ressacs, reflux discontinus, 

Le soleil s’entortille aux longs bras de Vénus…

 

Trait de fuite…

 

La lumière, au zénith, tisse des macramés.

Ses doigts d’or, fil à fil, de zigzags safranés

Et paillettes de sel chamarrent les rivages.

L’évanescence inonde, une à une, les plages.

Limpide, l’atmosphère ondule. Le soleil

Déverse sur les flots des amphores de miel

Qui délavent l’éther d’un bleu insaisissable.

Le monde se suspend à la voûte ineffable.

Délayé par les dards de l’astre flamboyant, 

L’horizon se délite, indécis, louvoyant. 

Trait de fuite, la mer se perd dans l’amplitude

Et semble se courber, prenant de l’altitude.

Assis sur son balcon, le peintre est soucieux.

L’indigo déambule épandu dans les cieux.

Il a beau s’échiner, triturer sa palette,

Sa toile reste vierge, immobile et muette.

Volatile, emperlée au bout de ses pinceaux,

Sa peinture s’émiette aux croisements des eaux… 

 

En fusion…

 

Or bleu en fusion, fil à fil, le soleil

Tisse l’immensité. L’aile indigo du ciel

S’allonge sur la mer. La Méditerranée,

Sur le trait d’horizon moutonne, safranée.

Voiles blanches, au loin, sur l’azur, des bateaux

 Ondoyants sous le vent, musardent à fleur d’eaux.

Sternes et goélands flottent le long des plages.

Entoilées, dans mes yeux, défilent des images.

Partout où mon regard se tourne, l’infini

Projette son écume. Alité dans un nid

De verdure, aux confins de la Clape, village

                       Millénaire, Gruissan, épouse le rivage.       

D’une venelle à l’autre, ombrages accueillants,

Murs chaulés, volets bleus, toits roses chatoyants,

S’entremêlent sous l’œil de la tour Barberousse

Déployant dans l’éther sa chevelure rousse.

Là-bas sur la lagune, au pays des oiseaux,

Épandus sur la grève, insolites troupeaux, 

Adossés aux salins, sur des terres instables,

De grands ibis laqués colonisent les sables.

Grains de nacre et de sel, feu-follets, bois flottés,

Sables blonds, drapeaux bleus, des étangs aux chalets,

Sous les doigts de l’été, tout se lace, s’enlace

Se délace, s’épanche, hors du temps, dans l’espace…

 

Terre et mer entoilées…

 

Serti de pins d’Alep, terre et mer entoilées,

Drapeau bleu sous le vent, grèves de sable blond,

Coulures sur la toile, une à une, encollées,

 Macramés, les couleurs projettent, tout le long

Du rivage azuré, souvenirs et images.

Au zénith, le soleil éclabousse le ciel

Et la nacre flamboie à fleur de coquillages.

Imprécis, l’horizon se dessine vermeil.

Rêves de liberté, d’infinis paysages,

Tandis que dans l’éther planent de grands oiseaux

De tissus colorés, sur le port, bien trop sages,

Encordées sur les mâts, les voiles des bateaux

Frissonnent d’impatience en attendant la vague.

Les pêcheurs, sur le quai, reprisent leurs filets.

Sur l’écume, au ressac, un goéland divague.

Trente-sept deux, chaleur, cinéma, les chalets

Font la fête. L’artiste installe sa palette

Sur le bord de la plage. Effleures de pinceau,

En écharpe d’iris, la lumière émouchette

Les rives du tangible et se scinde sur l’eau…

 

Dis-moi…

 

Dis-moi tous ces fruits mûrs éclos de ta palette,

Ces arcs-en ciel goûteux que le passant achète.

Dis-moi le velouté, le parfum, le sucré, 

 La saveur de la chair du brugnon mordoré…

 

Dis-moi le grain de sel emporté par la houle,

Parasols étalés sur le sable, la foule

Qui envahit la grève à côté des chalets

Où tu aimes toujours poser tes chevalets…

 

Dis-moi l’ocre, le vert, le jaune et puis le rouge,

Flamboyant au soleil, cet éventail qui bouge

Et bruisse sous le vent. Dis-moi la liberté

Dont parlent tes couleurs sous l’indigo d’été...

 

Azuré, délavé, louvoyant sur les plages,

Dis-moi ce bleu profond qui perle des nuages,

Vers quels enclos lointains s’élancent ces oiseaux

Qui naissent, librement, au bout de tes pinceaux ?...

 

Aquarellés...

 

Végétale atmosphère, essences iodées,

Chez le peintre, aux chalets, feuillaisons encordées

Aux ailes des oiseaux, maints bouquets éblouis

Effleurent de leurs doigts des bleus épanouis… 

 

  Palette déposée aux balcons du village,

Et tubes de peinture en bordure de plage,

Pêle-mêle entassés, liquides comme l’eau,

Mes rêves sont de sable au bout de son pinceau…

 

Couleurs mises en pots, corolles et pétales

Imaginent en chœur des horizons vestales.

Voiles sous le vent, sur le port hospitalier,

Vers le large, se tourne un blanc et fier voilier…

                                                                                   

Pastels aquarellés comme autant d’oriflammes,

Résurgences d’été transposées à fleur d’âmes,

Le rouge papillonne aux fenêtres du ciel,

Et le jaune s’exhibe entaché de soleil…

 

Sur un vieux juke-box…

 

Apprivoisant le vent, plus d’oiseaux au rivage,

De voiles louvoyant au-dessus de la plage,  

Aux limites des eaux, crâne lourd, dessoûlé,

  Demeure un chevalet sur la grève, esseulé…

Dans sa grande valise, aux anses chamarrées,

Le soleil a rangé ses ailes mordorées.

Entre quatre murs blancs se finit l’aventure.

De-ci, de-là laissés, des tubes de peinture,

Des verres, des pinceaux posés en éventail

Sur la table ; le peintre a fini son travail…

Comme un coin de ciel bleu sur la cloison voisine,

Une toile, une image embellit la cuisine.  

Souvenirs colorés sous un dôme éthéré,

Chroniques d’un été sur le sable moiré,

Sur un vieux juke-box, sans fin, tourne et chantonne

Une aubade à Gruissan que l’artiste fredonne… 

 

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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 02:05

Des rayons de soleil défeuillent la forêt

De ses ombres. Ses doigts d’or, se posent, limpides,

Au croisement des rameaux. Son regard chamarré

Paillette les sous-bois et les torses livides.

Les vieux troncs aguerris et les pieds des chenus

Dans la mousse, engoncés s’enduisent d’améthystes

De nacre, de cristaux. Liquides, argentins.

Des elfes, ondoyants, flottent parmi les schistes.  

Laissés par Séléné, des rubans byzantins,

De mille sacrements, emperlent les boutures.

Les herbes et les fleurs se nimbent de couleurs

Acidulées. La sylve, hissée en arcatures,

Tamise la clarté. Des arbres enjôleurs,

Fragmentant la lumière, enchantent la charmille.

  Aquarelliste, l’aube éclaire le chemin.

Je vois un orgelet glisser d’une ramille.

Le cœur régénéré, vers lui, je tends la main,

 Je suis la goutte d’eau, la larme iridescente

Qui caresse et nourrit la feuille. Mon bonheur

De vivre est si profond ; j’ai l’âme incandescente.

Quelque part des oiseaux se répondent en chœur.

Je chante et puis je danse avec eux. Ritournelle,

Dans ma tête, j’entends la vie envahir les fourrés.

Vertige, la beauté, la nature pérenne

Affile, à fleur de peau, mes sens énamourés…

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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 02:01

 Une tour, des remparts, une carte postale,

Toits rouges, des maisons au bas d'un vieux d’un château, 

Une image posée entre le ciel et l’eau,

Un coin de paradis sous la voûte vestale.

Un quai, une jetée, un phare sentinelle

Avancent sur la mer où les cieux bigarrés

Déposent des colliers de rubis chamarrés,

Des écharpes d’iris que la vague crénèle.

Calme langueur d’été sur les eaux fluctuantes,

Sous les ocres chaulés du village endormi, 

Dans la rade du port, tournées vers l’infini,

Humant l’Albe venu d’Espagne, dilettantes,

Des barques, l’une à l’autre accolées, amarrées,

Câlinées par les flots, rêvent de dériver,

De voguer vers le sud, ensemble d’éprouver

L’ivresse du tumulte et des grandes marées.

Avec elles, je flotte entoilé au rivage,

La volupté du vivre exalte ses couleurs ;

L’âme en apesanteur, parmi les oiseleurs,

Je me sens amoureux de ses rives sans âge…

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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 01:57

Minces reflets bleutés, subtile anamorphose,

Aquarelliste, l’aube, indécise, dépose

Ses doigts mouillés sur le trait d’horizon.

Le jour se lève, avance, allume son tison

Et la nuit, à pas feutrés, enclot son opuscule,

S’estompe, se retire et puis soudain bascule

Sous les ors du soleil. Paysage éthéré,

Diaphane, irisé de rose. Chamarré,

Le ciel semble épouser les crêtes et les cimes,

Délaver les reliefs, toiletter les abîmes. 

Des larmes de rosée emperlent les roseaux.

Des volutes de sel scintillent à fleur d’eaux. 

Deux barques sur l’étang, sous l’œil compréhensif,

De l’ancestrale tour de Dame Barberousse,

Sommeillent bercées par l’essoufflement lascif

D’Éole amouraché de l’aguicheuse rousse.   

Errance de l’artiste aux rives du tangible,

Effleures de pinceaux sur le monde invisible,

La lumière répand sa semence à foison

Et confère un visage aux ombres. Au diapason,

Un brin de brise anime et les arbres et les herbes.

La nature s’ébroue et se magnifie en gerbes.

Promenant, un matin, du côté de Gruissan,

Aux pourtours des Salins, en quadrille, valsant

Sur la pointe des pieds, j’ai vu maintes aigrettes,

Un ballet de flamands, des gerbes, guillerettes,

De myrtes et d’orchis dévaler les coteaux,

Les Pyrénées, au loin, dresser leurs chapiteaux…

Vision matinale, hors du temps, féérique,

D’un monde préservé, naturel et lyrique… 

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1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 01:37

L’horloge du salon égrène les secondes,

L’heure sonne le glas comme un triste refrain,

Tout paraît se dissoudre ailleurs dans d’autres mondes,

Tic-tac, tic-tac, au loin s’arrête un dernier train…

 

Un bruissement de pas résonne dans ma tête,

Une femme me donne un obscur faire-part,

Brisé, le chef d’orchestre a posé sa baguette,

Anonyme, une voix annonce le départ….

 

Allongé sur ton lit, tu regardes le vide 

Et marmonne à voix basse une vieille chanson,

Dans tes yeux délavés plane une ombre livide,

Je ne sais pas quoi dire et j’en perds la raison…

 

Éphémères les mots appellent le silence

Et ta main se raidit sous mes doigts engourdis,

J’ai perdu ta chaleur, étrange somnolence,

Il me semble te voir sourire au paradis…

 

Déjà le jour s’achève, il est temps mon ami

De se dire au revoir, bouche et paupières closes.

Tu me donnes congé. L’âme et le cœur moroses,

Je referme la porte et te laisse endormi… 

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