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Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 09:44

Dans la maigre clarté d’une ampoule blafarde

Qui pendouille au plafond, ô misère, ô chagrin,

Dans un mauvais sommeil, vois cette femme hagarde ;

La tête sur la table, elle cuve son vin…

C’est ainsi qu’elle oublie et la rue et le monde,

Le pain noir des forçats, tous ces hommes là-bas

Accoudés au comptoir, le vulgaire et l’immonde,

La mauvaise existence accrochée à ses pas…

Et lorsqu’un étranger, sans forme ni visage,

La jette sans façon sur un divan bancal,

Lui malaxe les seins, dégrafe son corsage,

La pénètre et l’outrage insensible et brutal ;

Passe, passe la vie émétique et cruelle,

 Pour un verre d’alcool ou bien de quoi manger,

Elle a vu tant de corps se répandre sur elle

Et reçu tant de coups la mettant en danger,

Qu’inerte, les yeux clos, elle expire à voix basse,

Glisse, glisse le jour, tombe, tombe le soir,

Aux pourtours de la nuit demeure son ombre lasse,

Qui titube et survit sur le fil d’un rasoir…

Tristement, je vous dis l’épouvante ordinaire

Mais aussi, au-delà, la sensible beauté

De la l’humaine laideur et j’écris, visionnaire,

La bêtise et l’enfer de notre société…

Par Philippe Lemoine - Publié dans : Vaincu par l'orage... - Communauté : écrire c'est hurler en silence
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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 12:56

 

Je connais des ailleurs où l’on parle à voix basse,

Où l’on rase les murs tandis qu’une ombre passe,

Là-bas, un geste, un mot peuvent être fatal,  

Là-bas, la terreur fuse en éclats de métal,

Seul résonne, sans fin, le langage des armes,

Les trottoirs sont tachés par le sang et les larmes…

Je parle de pays que nous ignorons tous

Où gouvernent des chiens plus cruels que des loups, 

Où la vie est pendue à l’humeur versatile

Des fusils. Là-bas, il faut être servile,

Soumis, courber l’échine et ne pas larmoyer

Sur son sort, sur les morts, ne pas se fourvoyer

Sur le sens de la vie et des choses sordides,

Là-bas, il faut survivre à des tyrans perfides,

Ramper comme des rats et prier à genoux ;

Là-bas, c’est à côté, si près, si loin de nous…

Par Philippe Lemoine - Publié dans : Vaincu par l'orage... - Communauté : Poetes Maudits
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Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 11:47

Ce soir, j’irai quérir l’amour comme naguère,

La pomme et le raisin grimpant en espaliers,

La rose et le lilas au jardin de mon père,

Les amandiers en fleurs parmi les peupliers…

Dans la pâle clarté d’une lune complice,

Je prendrai le chemin qui mène aux cerisiers,

J’en goûterai les fruits avec joie et délice,

J’humerai le thym caché sous les lauriers…

Je marcherai joyeux jusqu’aux bords des futaines

Dans le ciel passeront des oiseaux migrateurs,

J’écouterai chanter l’eau vive des fontaines

Des elfes danseront au loin sur les hauteurs…

Couché sous un bosquet à la noble voilure,

Je regarderai Vénus s’épandre tendrement

Et je suivrai des yeux sa longue chevelure

Semant des grains de sable au cœur du firmament…

Grisé par son parfum que la nature infuse,

Je laisserai couler mes larmes en chorus,

Tel un enfant niché dans les bras de sa muse,

Je baiserai le front des êtres disparus…

J’effleurerai des doigts les astres funambules,

Dés lors, je laisserai mes rêves enchanteurs

Dans la nuit divaguer comme des somnambules

Et puis je dormirai sous des saules-pleureurs…

Poètes, dites-moi : croyez-vous aux chimères,

À ces femmes aux yeux gris-vert comme la mer,

Qui reviennent la nuit vous rappelez vos mères,

Dont vous gardez, secret, le sentiment amer ?... 

Par Philippe Lemoine - Publié dans : Intime confidence... - Communauté : Île des Poètes Immortelles
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Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 19:02

Ô, tireur aux affûts, regarde un ange passe…

À quoi peut-il rêver, si jeune et si content,

Au bout de ton fusil lui, que la mort attend ?

Vise au cœur l’innocent, il faut bien qu’il trépasse !…  

 

Embusqué sur les toits, le cri des oies sauvages,

Un éclair puis un autre en cascade répond,

Chemise rouge sang, un enfant moribond

Git sur le boulevard. Quels sont donc ces visages

Que l’on n’aperçoit pas qui violent les étoiles ?

Dans les rues de Damas rode une femme en noir,

On dit que c’est la mort en toilette du soir

Qui comble son amant en dispersant ses voiles…

Non ! C’est la liberté qu’on étouffe sous des chaines,

C’est l’ombre qui descend aux portes des maisons,

Celle que l’on entend chanter dans les prisons,

Qui célèbre César en aiguisant les haines,

C’est le pas scélérat des chiens de la milice

Qui résonne sans fin et ne laisse que pleurs

Dans l’écho des fusils où ne vivaient que fleurs ;

C’est le crime sans nom dont le monde est complice !...

Par Philippe Lemoine - Publié dans : Vaincu par l'orage... - Communauté : Les artistes engagés
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Mercredi 11 janvier 2012 3 11 /01 /Jan /2012 17:35

 

Dans ce pays mouillé, de grands ormes chenus

Capturent les oiseaux aux bords des marécages,

Sur des tapis volants, des elfes viennent nus,

Entre deux lunaisons, roder près de leurs cages…

Certains passent leurs mains entre les croisillons,

Bruissements de satin aux liserés des plumes,

D’autres rampent sur l’eau, comme des bataillons,

Et couvrent les roseaux de leurs manteaux de brumes…

De tulle et de coton, des voiles vaporeux   

Caressent les contours des rives imprécises

Où des saules-pleureurs s’épanchent langoureux

En regardant couler les heures indécises

Qui, le long des rameaux, suintent dans les marais

Sans jamais en percer l’ombrage et les mystères…

En cet endroit sauvage, où s’estompent les rais,

L’humide et la fraîcheur ensemencent les terres…

Quand la brise gazouille à travers les rameaux,

L’on entend s’élever un chant tendre et fugace,

Oscillant de la tête aux pourtours des canaux,

Sur les berges, les joncs jouent de la contrebasse,

Les herbes, en chorus, sortent leurs violons

Et des feuilles de cuivre esquissent une danse…

Valses ou longs tangos, il pleut des papillons

Qui tourbillonnent puis se posent en cadence

Aux pieds des nénuphars dont les cœurs paresseux

Tanguent au rythme lent des saisons languissantes…

Mon âme lasse glisse en des chemins suiffeux

Et se disperse au fil des aubes frémissantes,

Froissements de draps blancs dans le jour pâlissant,

En chemise de soie, une belle ingénue

A laissé derrière elle un parfum renversant ;

Le palud a les yeux d’une femme inconnue…

Par Philippe Lemoine - Publié dans : Les correspondances... - Communauté : l'art de partager son art
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